RICHON, JEAN
BICHON
Lucienne a donc suivi son oncle ici. J'avais, moi, l'intention de rester à Ebreville, mais je n'ai pas pu. M. de Maucour est invité, vous le savez.
JEAN
Que m'importe! 11 n'est pas responsable de ce qui arrive; c'est notre destinée qui s'accomplit.
n ICI! ON.
...V.t le iloftcur Bertry?
Lai? Il s'occupe bien de nous! Il n'a pas compris la irr.ivité de ce qui se passe. 11 croit à une siiii[»Ie brouille d'amoureux. Je n'ai pas voulu insister, du reste, de crainte d'entendre le : « Je vous l'avais bien dit » que je devinais sur ses lèvres.
RIGHON.
N'avez-vous pas essayé de vous expliquer auprès de votre femme?
JEAN
Si. Elle n'a pas voulu m'écouter... Je l'ai vue tout à l'heure... Elle est gaie, elle. Comprenez-vous cela, elle est gaie ! Je sens renaître en moi toutes ces angoisses dont je croyais avoir triomphé... L'évasion, pour elle, n'aura pas été possible.
RICHON
Mais taisez-vous, taisez-vous ! Ne créez pas des réalités tragiques avec des fantômes... C'est vous qui allez transformer en catastrophe ce qui n'a été qu'une futilité... Je vois ce qui s'est pa,ssé... Lucienne, dépaysée trop complètement à Ebreville, s'ennuie, un galant se présente, risque un geste, vous survenez, elle est troublée... Rien de plus banal. Tout cela ne serait rien et elle vous l'eut expliqué si elle n'avait saisi dans l'air qu'on respire autour du docteur Bertry une idée folle qui est devenue une idée force... Elle a lu les livres de son oncle, elle les a mal compris, elle a fait ce que font tous les gens du monde qui lisent des ouvrages de médecine : elle s'est découvert les symptômes du mal dont elle lisait la description ; disposée à cela, d'ailleurs, par les conditions de sa naissance; elle s'est crue une prédestinée, une victime de la fatalité, et elle a donné une importance formidable à ce qui pour toute autre et pour elle-même si elle ne s'était suggestionnée, eût été une simple bagatelle.
Peut-être. Mais aujourd'hui, elle est convaincue qu'elle ne peut plus être une honnête femme, et elle s'efforce, la pauvre, d'imiter madame de Caltenières et madame Longuyon. [Oti entend au dehors des éclats de rire de Lucienne.) Écoutez-la, écoutez-la rire !
Lucienne et madame de Cattenières traversent la scène»