II
PAUL
Ah ! qu'il m'est doux de vous l'entendre dire enfin ! Voyez-vous, il était écrit que nous serions l'un à l'autre, et rien ne pouvait prévaloir contre cela. Vous serez, Lucienne, la plus chérie, la plus adorée. Pour n'en avoir pas été bénie, notre union n'en sera pas moins forte et douce, et ce mariage secret, que nous contracterons librement, sera plus que tout autre indestructible et délicieux.
Il veut lui prendre la main.
LUCIENNE, la retirant.
Non.
PAUL
Pourquoi?
LUCIENNE
... Et... ce rêve que vous faites, de quelle façon le réaliserez-vous?
PAUL
Ce que je voudrais, mon amie, ce serait vous emporter dans mes bras, très loin, loin de ceux que nous connaissons, dans un pays perdu, ignoré, vous donner toute ma vie, en échange de toute la vôtre.
LUCIENNE
Vous feriez cela?
PAUL
Je voudrais pouvoir le faire.
... Ce qui vous empêche, c'est?...
PAUL
Songez, ma chérie, aux douleurs que nous laisserions derrière nous... Je ne parle pas seulement de mes parents, mais des vôtres, d'Alice, de votre mari; je me demande si nous avons le droit de prendre un bonheur qui serait fait avec la souffrance de tant de gens qui ne nous ont causé aucun mal et pour lesquels notre fuite serait ua