SCENE XIII
LUCIENNE, JEAN, MONSIEUR BERTRY, LE DOCTEUR BERTRY, UN DOMESTIQUE, puis LE DOCTEUR LA BELLEUSE.
BERTPxY, à .Jean,
Ce fauteuil... C'est cela. {Au domestique.) Baissez la tapisserie. [Le domestique revient.) AWez, on vous appellera.
LE DOCTEUR, au domestiquc qui allait sortir.
Attendez... Dites .. dites que ce n'est rien.
Le domestique sort.
LUCIENNE
Envoyez chercher du secours...
LK DOCTEUR-
Non! Non! que personne ne sache, surtout!... Il me
faut seulement respirer de l'air. (// déboutonne son gilet. Désordre. On voit ses bretelles. Lucvnne, à sa droite, essaye de dénouer sa cravate. Elle ne va pas assez vite. Le docteur saisit son col de la main gauche et V arrache. A son frère.) Dis-moi... Est-ce qu'on m'a vu?
BERTRY.
Non!
LE DOCTEUR
Comment cela s'est-il passé?...
BERTRY.
Tu quittais le salon. Tu étais seul avec moi. Tu es devenu tout à coup affreusement pâle... Tu t'es retenu à moi pour ne pas tomber. Tu m'as dit : « Comme l'autre... subitement... comme l'autre, André ! » Tu as presque perdu connaissance. J'ai appelé un domestique... nous t'avons amené ici. Voilà tout.
LUCIENNE
Que faut-il faire?
LE DOCTEUR
Ce qu'il faut faire?... Si je le savais, ma pauvre enfant! [Avec une sorte de honte, à voix basse.) Mais je n'en sais rien!... Tout ce que je puis, c'est attendre la prochaine crise, demain, dans huit jours... et ainsi de suite... jusqu'à celle qui m'emportera... Voilà des années, tu entends, des années que je souffre.
LUCIENNE
Des années?
LE DOCTEUR
Oui, je le cachais à tous... J'avais honte de mes douleurs que je ne pouvais soulager... Je les cachais... par orgueil, tu comprends, par orgueil de savant... Maintenant, tu vois toute ma misère... tu vois la pauvre loque humaine que je suis... comme les autres, comme tous les autres, dans une épouvantable détresse en sentant la vie s'en aller de