ACTE DEUXIEME
YANETTA.
Si, si. II faut parler, il faut te défendre. Je t'en prie, Pierre, je t'en prie, défends-toi...
ETGHEPARE.
 quoi boni
YANETTA.
Je t'en prie au nom de tes enfants... Ils ne savent rien encore, mais ils pleurent en me voyant pleurer... parce que, tu comprends, j'ai beau me cacher, j'ai beau me retenir devant eux, je ne puis pas être gaie, n'est-ce pas ?... Alors, comme ils m'aiment bien, ils le voient! Et ce sont des questions, encore des questions... Si tu savais!... Ils me demandent après toi... André me disait ce matin encore : t Où est-il, père? Tu vas le chercher, dis? tu vas le chercher?... » J'ai dit oui, et je me suis sauvée... Tu vois bien qu'il faut te défendre, pour revenir auprès d'eux le plus tôt possible... Situ as quelque chose, la moindre des choses à te reprocher, dis-le... Tu es quelquefois brutal... Alors... je ne sais pas, moi... Si tu es allé à Irissarry, il faut le dire... Tu t'es peut-être pris de dispute avec ce malheureux... Si cela est, dis-le, dis-le... Il se peut que vous vous soyez battus et que tu l'aies... Je dis cela, je ne sais pas, moi, tu comprends... Mais monsieur le juge me promettait tout à l'heure que, dans ce cas-là,,^ on ne te punirait pas... ou très peu... Mon Dieu! qu'est-ce qu'il faut te dire? Qu'est-ce qu'il faut faire?
ETGHEPARE.
Voilà que tu me crois coupable, toiaussil Disl voilà que tu me crois coupable, toi aussi I
Je ne sais plus! Je ne sais plus...
ETGUEPARE, à MOUZOU.
Ah ! vous avez trouvé cela encore, vous ; vous avez encore inventé cela, de me faire torturer par ma femme.
^ et c'est vous qui lui avez soufflé de me parler de mes enfants... Je ne sais ce que vous avez pu lui raconter, mais vous l'avez presque convaincue que j'étais un misérable et vous avez espéré qu'elle réussirait à m'envoyer
! à la guillotline au nom de mes enfants, parce que vous savez que je les adore et qu'ils sont tout pour moi... Vous
' avez raison, il n'y a peut-être pas un père qui aime ses petits autant que j'aime les miens. (A Yanetta.) Tu le sais, toi, Yanetta! Tu le sais ! Tu sais aussi que, malgré mes défauts, je suis un fervent chrétien, que je crois en Dieu, en Dieu tout-puissant... Eh bien! écoute... Mes deux fils, — mon petit Georges, et mon petit André, je prie Dieu de les tuer tousles deux, si je suis un criminel!
YANETTA, uvec la plus grande exaltation.
Il est innocent! Je vous dis qu'il est innocent! {Un temps.) Ah ! maintenant vous pouvez avoir des preuves, et dix témoins et cent si vous voulez, et vous pourriez me dire que vous l'avez vu : je vous dirais : « Ce n'est pas vrai 1 Ce n'est pas vrai ! » Mais vous me prouveriez qu'il l'a avoué lui-même, que je vous dirais que ce n'est pas vrai... Oh ! ça, vous l'avez bien senti, monsieur le juge... vous avez un cœur, vous savez bien ce que c'est quand on aime ses enfants... Alors, vous devez être certain, maintenant, vous aussi, qu'il est innocent... Vous allez me le rendre, n'est-ce pas? C'est jugé, maintenant, et vous me le rendez ?
S'il est innocent, pourquoi a-t-il menti tout à l'heure?
ETCHEPARE.
C'est vous qui avez menti !.., oui, vous. Vous m'avez dit que vous aviez des témoins qui, ce soir-là, m'avaient vu sortir de chez moi... et vous n'aviez personne !
MOUZON
Si je n'avais personne à ce moment-là, j'ai quelqu'un