ACTE TROISIEME
vous tenez à conserver dans cette conversation les rapports de supérieur à subordonné, je n'en ai pas d'autres à vous fournir. Mais si vous vouliez bien me permettre d'oublier pour un moment votre haute fonction, si vous consentiez à causer avec moi d'homme à homme, je vous dirais qu'il y a là un écart de jeunesse, écart regrettable sans doute, mais expliqué par l'ennui profond qui monte des pavés de Mauléon... Allons, j'avais trop bien dîné... il y a tous les soirs un tas d'honnêtes gens qui se trouvent dans le même cas... C'est une peccadille qui n'entache l'honorabilité de personne.
LE PROCUREUR GÉNÉRAL
Blonsieur, quand on l'honneur d'être magistrat, quand on a accepté la mission de juger ses semblables, on est tenu à plus de mesure et à plus de dignité que tout autre. Ce qui n'atteint pas l'honorabilité du justiciable atteint celle du juge. Tenez-vous-le pour dit.
MOUZON
Du moment, monsieur le Procureur général, que vous ne voulez avoir avec moi qu'une conversation officielle, il ne me reste plus qu'à vous prier de me faire connaître ce que vous avez décidé.
Vous ne le devinez pas?
MOUZON
Je suis juge d'instruction. Vous allez faire de moi un simple juge. C'est une diminution de traitement de cinq cents francs par an. Je l'accepte.
LE PROCUREUR GÉNÉRAL
Il m'est malheureusement impossible de me contenter de cette simple mesure. Pour parler clairement, je vous apprends que M. Coire, le directeur du journal qui nous poursuit de ses attaques, connaît, dans leur ensemble, les faits qui vous sont reprochés, et ne consent à ne point
(^ les publier que si vous avez quitté, avant la fin du mois, )le tribunal de Mauléon. Je me vois donc dans la doulou- ^reuse nécessité de vous demander votre démission.
MOUZON
Je ne la donnerai pas.
LE PROCUREUR GÉNÉRAL
Vous ne la donnerez pas ?
MOUZON
Je suis désolé de résister à un de vos désirs, monsieur le Procureur général, mais je suis très décidé. Je ne la ;■ donnerai pas.
-■'■- LE PROCUREUR GENERAL
Mais enfin... vous ignorez donc...
MOUZON
Je n'ignore rien.
Eh bien 1 monsieur, nous vous poursuivrons.
MOUZON
Poursuivez.
Il se lève.
LE PROCUREUR GÉNÉRAL
Ainsi, le scandale qui résultera pour vous de votre comparution devant la Cour, la condamnation probable ne vous effraient pas ?
MOUZON
La condamnation est moins probable que vous ne le supposez. Je saurai me défendre et choisir mon avocat. Quant au scandale, ce n'est pas sur moi qu'il rejaillira. Je suis garçon et sans famille. Je ne connais personne ou presque personne à Mauléon, où j'étais comme en e.\il. Mes amis sont tous à Bordeaux; ils font partie du monde où l'on s'amuse et je-ne serai point déconsidéré à leurs yeux par le procès en question. Je devrai quitter la