‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 310 sur 311 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

Eh bien ! c'est parce que quelqu'un m'a reproché ma condamnation... que mon mari m'a enlevé mes enfants. Ce qpplqii'nTi, f.'Pist. un magistrat. Puis-je le faire condamner? ~-

MOUZON

Non.

YANETTA.

Pourquoi ? Parce que c'est un magistrat 7

MODZON.

Non. Parce que c'est la loi. *

YANETTA.

C'est la loi I {Avec violence.) Eh bien ! c'est une' gueuse, la loi.

MOUZON

Oh ! pas de cris ni d'injures, n'est-ce pas? {Au greffier.) Vous avez terminé? Alors, allez au parquet faire préparer l'ordonnance de non-lieu.

YANETTA.

Moi, je ne suis pas une savante : je n'ai pas comme vous étudié la loi dans les livres, et c'est peut-être pour ça que je sais mieux que vous ce qui est juste et ce qui ne l'est pas. Et je viens vous dire ceci tout simplement : . Comment la loi va-t-cUe s'en rendre pour me rendre mes'^^l enfants et réparer le mal qu'elle m'a fait ?

MOUZON

La loi ne vous doit rien.

YANETTA.

La loi ne me doit rien I Alors, qu'est-ce que vous allez faire, vous, le juge?

Un magistrat n'est pas responsable.

YANETTA.

Ah! VOUS n'êtes pas responsable!... Alors, vous pourriez, à votre fantaisie, arrêter les gens, sur un soupçon, sans soupçon même, vous pourriez jeter la honte et le déslionneur dans les familles, torturer les malheureux, fouiller leur existence, étaler leurs misères, faire renaîtra des fautes oubliées, expiées, des fautes qui remontent à dix ans ; vous pourriez par vos habiletés, vos ruses, vos mensonges et votre férocité, envoyer un homme au pied de l'échafaud et — plus encore ! — faire, qu'à une mère, on lui arrache ses petits!... et, après cela, vous diriez comme Ponce-Pilate et vous ne vous croiriez responsable de rien!... Pas responsable !... Devant votre loi, peut-être n'êtes-vous pas responsable, comme vous le dites, mais devant la justice toute simple, devant la justice des honnêtes gens, devant la justice du bon Dieu, je vous jure bien, moi, que vous l'êtes, et c'est pourquoi je viens vous demander des comptes !

Elle voit sur le bureau de Mouzon, qui lui tourne le dos, l'arme servant de couteau à papier. Elle la saisit et la repose.

MOUZON

Je vous ordonne de vous en aller.

YANETTA.

Écoutez-moi... Pour la dernière fois, je vous demande ce que vous allez imaginer pour me soulager, pour me rendre tout ce que j'ai perdu par votre faute ; ce que vous allez faire pour diminuer mes chagrins et comment vous allez vous y prendre pour me rendre mes enfants.

Je n'ai rien à vous dire. Je ne vous dois rien.

YANETTA.

Vous ne me devez rien ! Vous me devez plus que ma vie,

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