SCENE X CLARA, CATHERINE
CLARA
Elle ne vous dirait seulement pas de vous asseoir I {Elle prend une chaise et s'assied. A Catherine.) Asseyez-vous donc.
CATHERINE
Merci, madame.
CLARA
Vous êtes aux « Filles perdues », vous?
CATHERINE
Non, madame.
CLARA
Ah!... aux I Victimes du Vice », alors... On est mieux, mais il faut aller à la messe.
CATHERINE
J'ourle des torchons.
CLARA
Vous travaillez!
CATHERINE
Naturellement, madame.
CLARA
Et combien que vous gagnez par jour?
CATHERINE
Vingt-cinq, trente sous.
CLARA
C'est maigre.
CATHERINE
Je suis veuve avec des enfants...
CLARA
Attendez donc... je vous connais... Vous demeurez rue Haute... C'est chez vous qu'il y a de la lumière tous les soirs.
CATHERINE
Je travaille un peu à la lampe. Vous demeurez de ce côté?
CLARA
Non, mais j'ai remarqué votre fenêtre éclairée et votre figure.
CATHERINE
Vous passez par là, pour n-ntrer chez vous?
CLARA
Non... C'est en... en me promenant... {Un temps.) Alors, qu'est-ce que vous venez faire ici?
CATHERINE
Je venais demander une avance sur l'ouvrage que j'ai livré.
CLARA
Écoutez... vous êtes une brave femme. J'vas vous donner un conseil... Pourquoi que vous ne vous mettez pas dans les œuvres?
CATHERINE
S'il vous plaît?
CLARA
Vous gagneriez plus à rien faire qu'à travailler.
CATHERINE
Oui, mais faudrait mendier. J'ose pas.
CLARA
C'est pas mendier... Et on est bien plus beureuse. Ainsi, moi, quand j'ai eu mon p'tit...
Vous êtes mariée?
CLARA
Non... Quand j'ai eu mon p'tit, on m'a donné une layette et quarante francs.
CATHERINE
Vraiment?
CLARA
J'vous l'dis.
CATHERINE
Alors, moi, on m'aurait donné quarante francs à la naissance de mon dernier?
CLARA
Ça dépend, pour les légitimes, on a moins... Vingt- \ cinq francs, je crois. Ce n'est pas la même société... Quéquefois, on se fait payer aux doux, quand on trouve j un acte de mariage à emprunter. Vous comprenez?