‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 63 sur 311 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

MADAME PEGQUET.

Nous savons que le budget de votre oeuvre suffit à peine à vos besoins... puisque vous êtes forcée de faire une loterie pour combler un déficit.

MADAME PAILLENGOURT.

Je prendrai les frais à ma charge.

MADAME PEGQUET.

Au contraire, l'œuvre dont j'ai l'honneur d'être la présidente a un important disponible. Je demande donc que l'enfant nous soit attribuée.

ESGAUDAiN, à madame Paillencourt, bas.

Est-ce que vous allez laisser cette fillette aux soins d'une société sans religion comme l'est celle de madame Pecquet? Songez donc, quelle superbe réclame pour l'œuvre qui aura la petite! (Haut.) Pardon, madame la présidente, il me semblait naturel que l'enfant fût confiée à l'œuvre de madame Paillencourt; mais, du moment qu'on lui conteste ce droit, je réclame l'orpheline pour la mienne.

MADAME GUERLOT

Moi aussi.

Moi aussi.

MADAME RONGHERONNES.

C'est moi qui l'ai demandée la première.

PLUSIEURS VOIX

Pardon... pardon... après madame Paillencourt.

MADAME PAILLENCOURT.

Si madame Pecquet voulait bien se donner la peine de réfléchir, elle comprendrait que son œuvre doit être écartée d'abord.

MADAME PEGQUET, prenant la mouche.

Vous saurez, madame, que je n'ai pas l'habiludc de

parler sans réfléchir. Mon œuvre doit être écartée d'abord ! Et pourquoi?

MADAME PAILLENGOURT.

Mais, ma chère madame, vous êtes les Mères des Filles perdues, et je vous ferai observer amicalement que l'orpheline n'est pas une fllle perdue...

MADAME PECQUET

En effet, chère madame, mais elle n'est pas davantage une victime du vice.

MADAME PAILLENGOURT.

La mère de l'orpheline était chrétienne.

MADAME PECQUET

La preuve qu'elle n'était pas chrétienne, c'est qu'elle s'est suicidée.

MADAME GUERLOT

Dans le doute, il vaut mieux que l'enfant soit confiée à une œuvre sans couleur politique. La mienne.

MADAME PEGQUET.

Une œuvre pour les vieillards... Une œuvre sans passé, peu connue...

MADAME GUERLOT, à pleine VOIX.

Vous êtes bien heureuse de la trouver pour vous débarrasser de vos vieux domestiques !

MADAME LE GATELIER.

Mesdames... je vous en prie... du calme... Ces débats, au sujet d'une orpheline, sont regrettables. Pour un peu, vous proposeriez de la tirer au sort.

MADAME PEGQUET.

Pourquoi pas?

MADAME LE GATELIER.

Du calme, madame Guerlot.

MADAME GUERLOT

Je ne saurais être calme lorsqu'on attaque une œuvre à laquelle j'ai consacré toute ma vie.

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