B R 0 G II G T
C'est possible.
PIERRE
Et tu sens bien que moins tu paraîtras justifier un caprice, et plus sa conduite, à elle, ressemblera à celle d'une grue !
BROCHOT.
Je te défends de l'insulter.
Répète un peu ?
BROCHOT.
Tu te conduis comme un goujat.
PIERRE
Je vais te mettre à la porte par les épaules, tu sais bien... Va donc la retrouver, vous ferez un joli couple. Ton honneur et le sien sont du même tonneau !
BROCHOT.
Tu ne vaux pas mieux que moi.
PIERRE
Quand tu es arrivé ici, tu n'avais pas d'ami, pas de maîtresse. Tu as espéré y trouver les deux à la fois. Ah ! ça t'a paru bon de t'asseoir à une table d'amitié ; ça t'a paru désirable, une fille jeune et honnête. Ça te changeait de tes conquêtes d'une heure et d'une thune. Tu n'avais pas de liaison : par économie 1 Tu étais fatigué de n'embrasser que des demoiselles de carrefour, et, volontairement, délibérément, tu acceptais cela; tu t'étais résigné à ces plaisirs d'hôtel borgne par pur égoïsme, pour ne pas te
créer de soucis, pour arranger ta vie... Allons! c'est toi qui me l'as avoué !
BROCllOT.
Possible! Mais c'est pour la même raison que tu ne t'es pas marié. Rappelle-toi tes confidences.
PIERRE
Je ne me suis pas insinué dans la maison d'un ami pour lui voler sa femme, moi I
BROCHOT.
On ne vole que les femmes qui ne sont pas aimées.
PIERRE
Je ne l'aimais pas ?
BROCHOT.
Non ! Tu aimais sa peau, voilà tout. Elle était ta maI-^ tresse, pas ta compagne.
PIERRE
Ça me suffisait.
BROCHOT.
Ça ne lui suffisait pas ! Tu l'as prise pour ton plaisir, rien que pour cela.
PIERRE
Comme elle m'a pris pour mon argent!
BROCHOT.
Parfaitement I Voilà ce qu'il y a eu au début de votre liaison. Ne t'étonne donc pas de ce qui a suivi... Et il en est, dans ton cas, qui sont encore plus mal partagés que toi.
PIERRE
Je ne vois pas bien ce qui me manque, après la promenade à Fontainebleau.
BROCHOT.
Ce qui s'est passé à Fontainebleau, c'est ma faute...
Et la sienne.