DES VOIX
Merci, madame.
MADAME LOGERAIS, rentrant.
Et vous ?
MARIA
Nous attendons les marchandises de chez l'ouvrière.
J'aurais bien voulu partir,
MADAME LOGERAIS
Dehors, vous auriez dépensé de l'argent. Ici, vous faites des économies... Vous voulez aller vous promener ?
LÉONTINE
Non, madame... Mais je suis fatiguée.
MADAME LOGERAIS
De quoi, mon Dieu !
LÉONTINE
Je suis allée au café-concert hier soir.
MADAME LOGERAIS
Fatiguée! Pour avoir été au café-concert la veille!... Ah! les jeunes gens d'aujourd'hui!... Mais ma petite... depuis que je suis mariée, moi qui vous parle, vous entendez bien... jusqu'à il y a trois ou quatre ans, jusqu'à
la sorti'' d'An ri^ du lycr'p, jf no me suis pas '•oucln'e une fois avant un»' lnure du malin, ce qui n m'eni|têchait pas d'être à la besoj^ne le lendemain, et d'attaque.
LÉONTINE
Vous n'alliez pas au théâtre tous les soirs.
MADAME LOGERAIS
Nous y allions tous les samedis, et, le lendemain matin, j'étais attifée pour la messe de six heures. Après ça, on filait à la campagne... Ah! si on avait connu les bicyclettes I...
Les autres soirs ?
MADAME LOGERAIS
Les autres soirs, nous avions du monde à diner, ou nous dînions en viile... M. Logerais adore recevoir...
MARIA
C'est moi qui comprends cela !
M A II A ME LOGERAIS
Et pendant les dix premières années de notre mariage, jusqu'à la naissance d'André, nous n'avons pas manqué un bal desoeil té. Après, quand nousavons eu les moyens, nous donnions à danser cliez nous ou nous allions chez les Renaudin, de la rue Beaubourg.
LÉONTINE
La maison de passementeries?
MADAME LOGERAIS
Parfaitement. Voilà comment nous é'ions de notre temps I On savait mener de front le devoir et le plaisir... Et on travaillait aulrementque maintenant. Vousentendez, Maria? Nousavons trouvé le moyen de nous établir dans une boutique non louéequ'on nous laissait poursix francs par jour, et aujourd'hui, nous avons quinze raille francs de loyer... sans compter les contributions... Mais vous