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ACTE PREMIER

du bon Dieu, regardez, mais regardez! Je vous supplie de regarder... à mains jointes, je vous en supplie!... Voulezvous regarder?

MARIA

Mais, monsieur Logerais, je regarde...

LOGERAIS, presque criant.

C'est ce qui est le plus terrible! Vous regardez, mais vous ne voyez pas... Mademoiselle Marguerite, venez... Quelque chose me dit que vous, vous me comprendrez... Là... voilà un chapeau, n'est-ce pas?... Si toutefois on peut donner le nom de chapeau à cet amas incohérent... On a placé de ce côté un nœud de velours avec une barrette — trop large, d'ailleurs, mais je passe sur la barrette... On a voulu l'équilibrer, ce chapeau, et de l'autre côté on a mis une aigrette. Mais voilà la plus pernicieuse des erreurs, mademoiselle Maria... L'aigrette ne fait pas contre-poids... l'aigrette élève... Vous exagérez le défaut... Vous le voyez, Marguerite.

MARGUERITE

Oui, monsieur.

LOGERAIS

A la bonne heure! Je savais bien!... Vous, vous le voyez!... (A Maria.) Votre chapeau bascule, mon petit enfant chéri... Faites-moi, au contraire, jaillir l'aigrette du nœud de ruban, et elle l'allégera!... C'est pourtant bien facile à comprendre!... Mais on ne me comprend pas! Alors, qu'est-ce que vous voulez! J'y renonce... c'est bien... Il est bien comme cela... il est très bien... Moi, je ne m'occupe plus de rien... Je suis à bout de forces, je ne m'occupe plus de rien...

Il s'assied dans la position du plus profond accablement. >

Je vous en prie, monsieur Logerais... je vous comprends... je ferai mieux. .«

Mais, mon petit lapin, il ne suffit pas de vouloir... il faut avoir le don... Celui-ci... Celui-ci est mieux, mais il est trop jeune...

MARIA

C'est pour une femme d'un certain âge...

LOGERAIS

D'accord... mais rappelez-vous ceci : flatter la manie de rajeunissement d'une femme, c'est facile; l'art, c'est d'y arriver sans la rendre ridicule. Oh! Oh! Oh!... ça... qu'est que c'est que ça... Non! — Dites-moi que c'est le hasard qui a disposé ainsi les choses, ne me laissez pas supposer que c'est une créature pourvue d'intelligence...

MARIA

Mais enfin, monsieur, je ne suis pas une bête... LOGERAIS, furieux.

Si, mademoiselle... C'est destiné à coiffer une tête de femme, ça... Non, mademoiselle... Avec ce pompon!,..- C'est la coiffure d'un cheval de corbillard... Voilà ce quo.j'en fais, de votre travail!... Vous êtes une incapable, mademoiselle!...

MARIA

J'ai été dans d'autres maisons que la votre, où l'on travaillait tout aussi bien !...

LOGERAIS, furieux.

Dans des maisons où l'on travaillait aussi bien qu'ici! Il n'y en a pas!... Comment, mille tonnerres, j'aurai réfléchi, j'aurai c pensé » toute ma vie, j'aurai élevé le métier de modiste à la hauteur d'un art, pour m'entendre dire des choses semblables par une dinde comme vous!... Je n'accepte pas qu'on me parle sur ce ton... Je ne suis pas un homme à qui on fait la leçon, vous entendez!... {Madame Logerais est entrée depuis quelques instants.)

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