ACTE PREMIER
ANDRÉ
Est-ce bête, l'existence... On se croit forcée des devoirs de politesse, et on court au-devant d'un ennui certain, au lieu de faire ce qui vous plairait.
MARGUERITE, distraitement, en poursuivant son travail.
Qu'est-ce qui vous plairait?
ANDRÉ
Dîner avec quelque camarade, devant qui je pourrais penser tout haut au lieu de me contraindre à paraître « bien élevé » comme je vais y être forcé.
MARGUERITE, pow dire quelque chose.
Une soirée passe bien vite.
ANDRÉ
Vous croyez ça, vous?... Tenez, s'il n'y avait pas tant de préjugés imbéciles, savez-vous ce que nous devrions faire tous deux, bien honnêtement, bien gentiment...
Vous prenez trop de précautions ; vous m'effrayez. Dites.
ANDRÉ
Vous me gronderez.
MARGUERITE
Alors, ne dites pas.
ANDRÉ
Vous n'êtes pas curieuse ?
MARGUERITE
Non.
ANDRÉ
Je vais vous le dire tout de même... Nous devrions dîner tous les deux ensemble...
MARGUERITE, tout 671 rangeant le magasin, riant. Sur l'herbe?
ANDRÉ
Si vous voulez.
îiARGUERiTF., jeune, gaie, simple, pendint tuute la première partie de la scène.
On attendra qu'il fasse plus chaud, pas?...
ANDRÉ
Vous avez tort de refuser.
MARGUERITE
Je sais bieni
Vous êtes très vilaine!
MARGUERITE
Ahl voilà!...
ANDRÉ
Qu'est-ce qu'on ferait de mal ?
MARGUERITE
Oui, je VOUS le demande?
ANDRÉ
Vous êtes forcée de dîner toute seule à Paris, un dimanche; moi, de mon côté je ne tiens pas à accompagner mes parents; nous unissons nos deux solitudes, c'est tout simple !
MARGUERITE
Mais c'est tellement simple, mesdames et messieurs, qu'un enfant de trois ans le comprendrait.
ANDRÉ
Vous n'êtes pas sérieuse!
MARGUERITE, riant.
Non, répétez un peu... pour me faire plaisir...
ANDRÉ
Certainement. Je vous fais une proposition,..
MARGUERITE
... Des plus honorables...
ANDRÉ
... Vous me répondez par des plaisanteries.
MARGUERITE
Voulez-vous que je pleure?...
ANDRÉ
Vous VOUS moquez de moi.
MARGUERITE
Je vous rends la monnaie de votre pièce.
ANDRÉ
Je vous affirme, Marguerite, que je ne plaisante pas.
MARGUERITE
Ne dites pas ça, monsieur André !
ANDRÉ
Pourquoi .'
MARGUERITE
Parce que si vous ne plaisantiez pas, c'est que vous me prendriez pour une autre.
ANDRÉ
Je vous jure que j'ai pour vous la plus grande estime...
M A R G U E R rr E <
Zuze un peu, comme disait Machin... Tenez... voulezvous être gentil, passez-moi donc le livre décaisse qui est à côté de vous.
Voilà.
MARGUERITE, elle le range.
Merci.
ANDRÉ
Nous aurions été au théâtre après.
MARGUERITE, tvès sounaute.
Si on parlait d'autre chose, voulez-vous?...
ANDRÉ
Non. Écoutez, mademoiselle Marguerite ;je vous assure que vous m'inspirez la plus grande sympathie.
MAUGUERiTE, (le même.
J'en suis 1res contente...
ANDRÉ
Vous ne me croyez pas, je vous jure que c'est vrai... Vous ne me croyez pas ?
Et quand je vous croirais...
ANDRÉ, très sincère.
Ce serait de la bonté, Marguerite, de m'en montrer au^jsi un peu. J'en ai besoin.
MARGUERITE
Comme vous dites cela.
ANDRÉ
Je suis très malheureux.
Vous?
ANDRÉ
Oui... je sens que par l'aumrtne d'un peu d'amitié, vous me feriez voir le ciel plus bleu et la vie moins sale... C'est une vilaine chose, la vie!
.M A R G u E R I T E , rêvcuse.
Oui.
ANDRÉ
Vous avez aussi vos chagrins... Pourquoi me refusezvous cette cordialité que je vous demande. Je me sens si fortement attiré vers vous, moi... Il no faut pas trop tôt parler d'amour, mais...
MARGUERITE, riOUt.
Oli ! non, monsieur André, n'en parlez pasl
ANDRÉ
Ne riez pas... votre rire m'énerve... Je ne sais pas, mais il me semble, quand vous riez ainsi, que...
MARGUERITE
Allons! allons! Si vous tonfz à parler sérieusement