ACTE DEUXIEME
MARGUERITE
Je vous remercie, monsieur.
LOGERAIS
Maintenant, je vous demande pardon d'entrer dans ces détails, mon enfant, mais c'est pour votre bien...
MARGUERITE
Dites, dites, monsieur Logerais.
LOGERAIS
Vos parents, comment sont-ils pour vous ?
Comme tous les parents.
LOGERAIS
Naturellement, ils ne savent rien, ni de votre liaison, ni de...
MARGUERITE
Pourquoi me demandez-vous cela ?
LOGS RAIS
Il faut que je sois fixé !
MARGUERITE
Ils ne savent rien.
LOGERAIS
Lorsqu'ils apprendront ce qui est, que ferez-vous?
MARGUERITE
A ce moment-là, je verrai.
LOGERAIS
Votre mère...
MARGUERITE
Je n'ai plus ma mère, mon père est remarié.
LOGERAIS
Votre belle-mère est bonne pour vous ?
MARGUERITE, uprès uue hésitation.
Non, monsieur.
LOGER ATS.
Et si elle vous force à sortir de chez elle?
MARGUERITE
Je partirai. J'ai des petites économies à la Caisse d'épargne.
LOGERAIS
Combien ?
MARGUERITE
Trois cent vingt-deux francs. Je travaillerai tant que je pourrai. Après, cet argent me fera vivre jusqu'à mes couches. Je connais une sage-femme qui ne prend que quarante-cinq francs pour les neuf jours. J'irai là... Après, on verra.
LOGERAIS
Vous comprenez bien, mon petit, que je ne vais pas vous laisser partir comme cela. Vous vous figurez avec trois cent vingt-deux francs pouvoir vivre pendant plusieurs mois ! Vous allez nous laisser vous aider un peu.
MARGUERITE
Non, monsieur.
LOGERAIS
Si. Ne soyez pas orgueilleuse. Si vous le désirez, André n'en saura rien.
MARGUERITE
Oh ! qu'est-ce que ça peut me faire qu'il .sache ou qu'il ne sache pas, maintenant...
LOGERAIS
Vous auriez peut-être le droit de refuser, s'il ne s'agissait que de vous. Mais il s'agit do voire enfant dont il faudra bien payer les mois de nourrice. Enfin, supposez qu'il tombe malade parce que vous n'auriez pas eu de quoi le faire soigner, est-ce que vous ne vous reprocheriez pas, à ce moment, votre fierté d'aujourd'hui. Dites?