‹ Théâtre completChapitre 231 sur 241 · ACTE TROISIEME 3oi · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME 3oi

LOGERAIS

Tii vois bien.

ANDRÉ

Cette place, c'était mon dernier espoir. On a donné de

mauvais renseignements sur moi... Qui est-ce qui peut

avoir eu cette cruauté de m'empêclier de gagner ma vie?

LOGERAIS, après un silence et sous un regard de madame

Logerais.

Je ne sais pas, moi.

ANDRÉ

Nous sommes dans la misère... absolument dans la misère. Alors, je t'en supplie, aide-nous.

Moi!... que je...

ANDRÉ

Il est impossible que je ne trouve pas quelque chose à faire... n'importe quoi... Mais d'ici là, il faut manger, et, je te dis, nous n'avons plus rien. Alors, je te demande, je te supplie de me prêter un peu d'argent... Je te le rendrai...

LOGERAIS

Tu es d'une naïveté qui me déconcerte... Tu me demandes, à moi, de te fournir les moyens de perpétuer ta liaison.

ANDRÉ

Tu sais bien qu'il y a mieux qu'une liaison entre elle et moi.

LOGERAIS

Allons, réfléchis! Je ne puis pas, moi, ton père, te donner les moyens d'entretenir un faux ménage... Voyons! Je fais appel à ton bon sens...

ANDRÉ

Mais moi, je ne puis pas abandonner Marguerite.

LOGERAIS

Alors, qu'est-ce que tu veux que je te diset... Fais-la vivre!

ANDRÉ

Oh I que tu es féroce dans l'abus de ton droit et de ta logique! Mais tu ne peux pas nous laisser dans l'état où nous sommes! {Prenant une résolution.) Je vais tout te dire. Le propriétaire de ce chalet nous renvoie; il nous faut partir demain. Demain, nous serons sur le pavé. Je ne saurai pas où aller coucher. Tout ce qui pouvait être accepté au Mont-de-Piélé, je l'y ai porté et j'ai vendu les reconnaissances. Ma montre que mon parrain m'avait donnée, l'épingle de cravate. Tout. Tu ne me crois pas, je te dis que je ne sais pas comment nous déjeunerons demain. Je n'ai plus d'amis puisque je suis dans le besoin. Tune me crois pas. Si tu me croyais, tu aurais pitié... enfin, un mendiant qui viendrait te dire cela, tu lui ferais l'aumône...

MADAME LOGERAIS

André! mon pauvre petit!

ANDRÉ

Je te supplie... à mains jointes... Et Marguerite etnotre enfant... je n'ai plus rien... père... Tiens, regarde si je mens. {Il s'est assis, il pleure comme un enfant, en parlant, il tire son porte-monnaie de sa poche.) Regarde ! {Il l'ouvre.) Voilà tout ce qui nous reste... Trois francs et huit sous... quand nous aurons payé le chemin de fer... Tu ne veux pas qu'elle aille faire ses couches à l'hôpital!

LOGERAIS

Eh non, je ne le veux pas ! Je ne suis pas un bourreau... Et si tu insistes pour que je te donne de l'argent, je vais t'en donner. Mais à quoi cela servira-t-il? Quand tu l'auras dépensé, tu te retrouveras dans la situation où tu es aujourd'hui. Alors? Autant en finir tout de suite...

ANDRÉ

Non. Ecoute-moi bien. Ne me demande pas cela, c'est inutile. Abandonner ma femme et mon enfant, c'est un

Page 1