ACTE PREMIER
BROCHOT.
Parfaitement.
PIERRE
Avec nos petites amies... Tu en as une, je suppose...
Non. Pas de liaison. Pas si sot. Je te demande pardon.
PIERRE
Je vois que tu sais comprendre l'existence. Moi, àvingtcinq ans, je voulais épouser .ma cousine. Mon père m'a dit : « Mon enfant, tu as le choix entre deux attitudes : ou être une béte comme moi qui me suis privé de tout pour t'élever, ou faire comme les malins. »
BROCHOT.
Tu as fait comme les malins!
PIERRE
La vie est trop difficile pour qu'on n'en écarte pas résolument les ennuis et les charges qu'il est possible de laisser aux autres. Mais je reconnais que, sur certains points, ta méthode est supérieure à la mienne.
BROCHOT.
Elle a bien aussi ses petits inconvénients.
PIERRE
Rien n'est parfait. Mais enfin, si l'on compare notre sort à celui de certains... Savournin, par exemple... Tu te le rappelles!... Marié, mon vieux, trois enfants! Un homme perdu, quoi!
BROCUOT.
Pauvre Savournin !
PIERRE
Moi, l'exemple de mon père m'a servi... Mon vieux, j'ai réduit au minimum les embarras de l'existence. Je suis fonctionnaire : je n'ai donc pas l'inquiétude du lendemain et je suis sur d'avoir du pain pour mes vieux jours.
Jusqu'à présent, je me suis contenté de petites amourettes de hasard... Puis, j'ai trouvé cela banal. C'est alors que j'ai rencontré Charlotte, une petite ouvrière de dixsept ans. Nous nous sommes plu et voilà... il y a cinq ans que ça dure.
CROCHOT.
Tuas été le premier?
PIERRE
Il y a là quelque chose d'incompréhensible. C'est tout le contraire de ce qui se passe ordinairement. Je suis certain d'avoir été le premier. J'en suis certain, là ! Eli bien, elle m'a toujours soutenu qu'elle avait eu un amant avant moi.
Une idée d'enfant.
PIERRE
C'est ce que je me suis dit. Mais c'est bizarre...
nROCIIOT.
Enfin, tu es heureux.
PI IsRRE.
Elle est parfaite. Du moins, elle n'a qu'un défaut, c'est sa passion pour les bêtes. Mais je la lui pardonne puisque cela me vaut de t'avoir retrouvé.
BROCHOT.
Tu me flattes.
PIERRE, riant-
Tu comprends bien ce que je voulais dire. Je n'en finirais pas si je te détaillais toutes ses qualités. Seulement, n'est-ce pas, c'est jeune, ça a besoin d'être tenu.
BROCHOT.
Tu t'en charges, je suppose.
PIERRE
Tu l'as dit... Et dévouée!... L'année derrière, j'ai eu la forte grippe, elle m'a soigné comme un ange. Elle a passé des nuits à mon chevet... Je ne l'oublierai jamais.