ACTE PREMIER
PIERRE
Non, mais enfin...
CHARLOTTE
Tiens ! Tu vois que tu ne m'aimes plus !...
PIERRE
Je vois ?... Non, je ne vois pas... A quoidois-je voir cela?
CHARLOTTE
Est-ce qu'autrefois tu m'aurais laissée aussi longtemps debout à côté de toi sans me prendre sur tes genoux ? PIERRE, l'asseyant.
Viens-y donc, vilaine !
Tu n'es pas si à plaindre, voyons?
PIERRE
Presque.
CHARLOTTE
Il y a des moments où je te rends bien heureux tout de même? [Câline.) Ce n'est pas vrai? [Lui tirant doucement les pointes de moustache.) Ingrat! Tu ne veux pas te les rappeler ces moments-là ! (Ltd passant un bras autour du cou.) Il y a des fois... tu m'embrasses si fort que tu me fais mal et tu prends un air très sérieux, et tu me dis que je te donne un bonheur qu'aucune autre ne t'a jamais donné... Ce n'est pas vrai ?
PIERRE, troublé.
Si, c'est vrai.
CHARLOTTE
Moi, je t'aime, tu aais; ou plutôt, non, tu ne le sais pas. Tu ne peux pas imaginer combien... Je ne suis heureuse que là, contre toi, dans tes bras, dans toi... Quelquefois, je te taquine un peu, je l'avoue, mais c'est parce que j'ai du chagrin de voir que tu m'aimes moins.
PIERRE
Tu sais qu'au Contraire je t'aime chaque jour davantage.
CHARLOTTE
Non! non !... Tiens... j'aperçois là, à ton rou. une petite place que je connais bien. Quand je t'y embrassais, dans le temps, tu (ermais les yeux et tu tremblais doucement comme un oiseau qu'on tient... Maintenant, ça ne te fait plus rien.
Essaie.
CHARLOTTE
Pourquoi faire ? Tu ne m'aimes plus.
PIERRE
Essaie, je le dis.
CHARLOTTE
Tu veux?... C'est toi qui le demandes ?
PIERRE
Oui.
CHARLOTTE
Attends... Attends que je retrouve bien l'endroit... Ne bouge pas. Tu remues tout le temps... Là... c'est là! Elle l'embrasse.
PIERRE, frissonnant et grave.
Je t'adore, ma chère petite... je t'adore... Oui, je te le répète, je n'ai jamais été aussi heureu.x qu'avec toi... Jusqu'à toi, je n'ai jamais su ce qu'était l'amour... CHARLOTTE, saus sc détacher de V étreinte. Très tendre. On n'ira pas à Fontainebleau, pas? On ira à Villed'Avray.
PIERRE, lui couvrant la figure de baisers. Comme tu voudras ; tu me rends fou.
CHARLOTTE, se dégageant.
Tu n'as pas entendu?... Il me semble que Bijou a crié.
PIERRE
Mais laisse ton cliien tranquille... Écoute, Lolotte...
CHARLOTTE
Chut! [Elle va à la porte du fond.) Non. Il dort. [Revenant.) Quelle heure est-il ?
PIERRE, regardant sa montre.
Trois heures et demie 1... Il faut que je m'en aille.
CHARLOTTE
Gela fait une bonne heure qu'il repose. C'est bon signe, n'est-ce pas? Tu crois que c'est bon signe?...
PIERRE
Oui... Je sors..,
CHARLOTTE
Tu sors?
PIERRE
Oui.
CHARLOTTE
Tu n'as pas de leçons aujourd'hui ?
PIERRE
Non.
CHAR LOTTE
Alors, où vas-tu ?
PIERRE
Chez Brochot.
Encore ?
PIERRE
Comment, encore! C'est la première fois.
CHARLOTTE
Tu le quittes à l'instant.
PIERRE
Je vais voir sa collection.
CHARLOTTE
Tu iras un autre jour.
PIERRE
Brochot m'attend.
134 LES HANXKTONS
CHAUI.OTTE.
Brocholl Brochot! Tu n'as plus que ce nom-là à la bouche! En voilà une amitié pour un type que tu ne connaissais pas il y a une heure.
!• I E ri n E .
Je le connaissais il y a vingt ans.
CHARLOTTE
Alors, tu as l'intention de le revoir souvent?
i'IKRHE.
Mais oui.
C II A r. L 0 T T 11 .
Et moi?
r I E R II K .
Eh bien?
CHARLOTTE
Qu'est-ce que je ferai pendant que vous parlerez de vos herbes ?
PIERRE
Tu nous écouteras.
CHARLOTTE
Enfin... tu ne veux pas me laisser seule ici, aujourd'hui, avec mon chion malade!
PIERRE
Mais si !
CHARLOTTE, allant pour l'embrasser.
Écoute.
PIERRE
Non...
CHARLOTTE
Tu ne veux pas que je t'embrasse?
PIERRE
Embrasse-moi si lu veux, mais lu ne m'empêcheras pas (le sortir.