ACTE t
PAt;L
Il me traitait comme un frère, et partout, dans son royaume, on me respectait à l'égal d'un grand chef.
LE ROI
Si le roi Koffy t'a compris, à coup sûr je te comprendrai aussi, car, l'ayant vaincu, je ne puis pas être moins intelligent que lui. Tu es mon hôte et tu seras considéré partout comme l'ami du roi, jusqu'à ce que je t'aie fait reconduire à la frontière. Comment t'appelles-tu ?
Paul Moncel.
LE ROI, s'installant sur l'herbe.
Eh bien, Paul, viens t'asseoir auprès de moi. (Aprè«
que Paul s'(^t assis, il lui prend amicalement la main et le regarde bien
en face.) Ta figure me plaît et mon expérience m'a conduit à ne juger les gens que sur la mine, sans m'inquiéter de leurs discours, hélas ! toujours menteurs. Qu'es-tu ?
PAUL, montrant Tolilo.
Pour vous en donner idée, je ne vois guère autour de vous que ce vieillard. Il est, par rapport à vos autres sujets, un homme instruit. Je tâche d'en être un dans ma patrie.
LE ROI
Tu viendrais donc ici, comme Totilo, dans sa jeunesse, est allé en France, pour apprendre?
S6t LA FILLE SAUVAGE
PAUL
C'est cela même.
LE ROI
Je me demande ce que tu peux étudier dans nos contrées ?
PAUL
L'homme.
LE ROI
Un marchand d'esclaves en dînait autant. Sois plus précis.
Mon séjour chez le roi Koffy n'était que la dernière étape d'un voyage de trois ans, au cours duquel j'ai visité les peuplades les plus farouches, les tribus les plus arriérées ; observant les moeurs et les croyances de mes hôtes.
LE ROI
En quoi ces brutes te semblent-elles intéressantes ? Vous nous appelez barbares, mais nous sommes des merveilles d'éducation en comparaison des sauvages.
PAUL
C'est précisément le désir de contempler nos frères à l'état de nature qui m'attirait chez les sauvages. Avec eux je parcourais la grande forêt. Nous suivions les coulées des fauves jusqu'aux cavernes qui, depuis le commencement du monde, servent de repaire aux animaux féroces et à l'homme. Làf je fouillais les monceaux d'ossements que les