PAUL, MARIE
lelquei secondes après, Marie rentre, la tête basse, le regard en des lous. Elle reste debout sur le seuil de la porte. Paul, sans aller à elle, ;'interroge gravement.
PAUL
Marie, me reconnais-tu ?
MARIS) dans un souffle à peine perceptible
Oui.
PAUL
Est-ce bien sûr?... Où m'as-tu vu?
MARIE, à voix très basBOi
Sur le bateau.
PAUL
Et pour la première fois, où m'as-tu vu?... (Marîe
fait un geste vague et ne répond pas.) As-tu Oublié, OU aS-tu peur de répondre ?... (Un regard qu'elle lui jette à la dérobée semble confirmer cette dernière supposition. Alors Paul va à elle, et la met en face de lui, tout en parlant avec une cordiale brusquerie.)
Mais, mon Dieu, je suis donc bien effrayant ?... Allons, levons la tête, et puis un bon regard bien franc, là, dans mes yeux !:.. Est-on rassuré à la fin
des fins ?... (Elle répond par un sourire gai et il reprend son sérieux.) Marie, je suis content d'apprendre que tu fais de grands progrès. Il paraît que tu parles déjà très bien le français, mais j'ai peur que tu n'aies perdu ta langue.
MARIE, montrant le bout de sa langue dans un jaillissement de rire enfantin.
Langue pas perdue 1... Voilà!... (Comme les personne» timides que l'on a réussi à mettre en confiance, elle devient subitement très hardie. Sa voix est rauque et mal assurée, voix non encore issouplie par les gammes d'inflexions variées que met en jeu la conversation des civilisés.) Parler gène pas... Plus difficile comprendre...
PAUL
Qu'est-ce qui te donne le plus de peine à comprendre?