‹ Théâtre completChapitre 135 sur 190 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

MARIE; souriant.

A Paris des demoiselles plus jolies que moi sont aussi vos amies... J'ai vu î...

JEAN

Vu ?... Ah oui, au théâtre I... Celles qui jouaient avec moi...

MARIE

Comme elle vous aime, Juliette i... et cette Camille, donc, sans en avoir autant l'air !...

N'est-ce pas ? Les plus charmantes filles de France m'adorent, et le monde, si envieux d'ordinaire, applaudit à ma chance.

MARIE

C'était si beau I...

JEAN

Et puis cela devait te rappeler plus d'une scène de ton ancienne vie.

MARiB

Non, rien.

JEAN

Tu as rôdé dans la forêt avec les jeunes mâles de ta tribu, et pendant la grosse chaleur du jour, tu gîtais avec eux sous de frais ombrages... A quoi passîez-vous le temps, hein?... Ahl ma petite!... Quelle femme a été plus souvent que toi prise et reprise?... Quelle femme connaît mieux l'amour?... n 21

820 La fille SAUVAGE

MARIE, tristement.

Je ne connais pas l'amour I...

JEAN, éclatant de rire.

Vierge, alors?

MARIE

Mon rein a plié sous le mâle aussi souvent que celui d'une panthère en folie, mais j'ai seulement appris que l'amour existe en écoutant Juliette et Camille causer avec vous.

JEAN, riant.

Ah I la bonne blague !... Moi, le civilisé, je donne au mot amour un sens matériel, alors que toi, la panthère, tu le prends au spirituel...

MARIE

Je le prends comme vos amies préférées...

JEAN

Pas la peine, en ce cas, de rien changer à tes habitudes... Les princesses les plus exquises, les dames aux airs dédaigneux, font l'amour parmi les dentelles, comme tu le faisais sous les halliers, au voisinage des ours... C'est, vois-tu, qu'elles gardent au fond d'elles-mêmes une fille tout aussi sauvage que tu as jamais pu l'être et ce ne sont ni les oripeaux dont elles s'affublent, ni les propos suaves qu'elles tiennent, qui empêchent l'ardente fille d'accueillir l'homme avec des ronrons de bête, le rein heureux de craquer sous son poids. Dans ton couvent, on te prêchait qu'il fallait anéantir l'im-

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