MARIE, JEAN
JEA
D'où provient cette singulière fantaisie d'aller vous promener tous les matins avec l'idiote Mme Bibichupa ?
MARIB
De ce que j'avais besoin d'un prétexte pour causer, sans témoins, avec Totilo. Je lui dirai que je suis athée ei n'ai pas la moindre intention de convertir les sujets de Kigérik. Je n'ose pas refuser l'escorte cléricale que, dans un but politique, m'impose Moncel : ce serait briser ma carrière de reine ; mais aussitôt débarquée à Enderta, je compte renvoyer en Europe toute la sainte séquelle. Après
ACTB IV 377
cinq minutes d'entretien avec moi, Totilo n'hésitera plus à m'emmener.
JEAN
Vous tenez donc beaucoup à vous exiler chez ces brutes ?
MARIE
J'ai du chagrin et ne suis pas de caractère à m'ensevelir dans d'éternels regrets. L'existence aventureuse qui se présente me distraira.
JEAN
En attendant votre départ ne peut-on essayer de vous consoler ?
MARIE
C'est précisément pour vous confier ce soin que je vous ai retenu. Mon cher Jean, j'ai découvert que les grands hommes ont deux façons de pratiquer l'égoïsme. Les uns ne cherchent que le plaisir, les autres sacrifient tout à leur ambition. Les premiers sont d'un commerce charmant, lorsqu'ils vous font participer aux joies qu'ils vous demandent, alors que les seconds ne vous procurent que des peines. Vous êtes un égoïste de l'espèce partageuse. Recevez-moi dans votre confrérie...
JEAN
Pour nous amuser ensemble?
MARIE
Ma foi oui... Je ne suis plus l'être tout d'une
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pièce que vous avez connu. Vous me voyez capable de calculer froidement pendant que la passion me ravage et d'appeler le plaisir de tout mon cœur désolé...
JEAN
Je suis là pour vous répondre.
MARIE
Demain, à trois heures, je sortirai pour aller soidisant à la Sorbonne, et me rendrai directement chez vous.
JEAN
Enfin vous comprenez la vie : quelle chance 1 Mais vous allez vivre au loin : c'est désolant !...
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