ACTE Y
cette primitive est un compliment assez inattecdu...
Souviens-toi de Sisyphe haletant sous son rocher éternellement rebelle. Je n'ai jamais prétendu que Sisyphe redescendant la pente était pareil à Sisyphe avant de la gravir... Il s'était élevé vers le ciel au prix d'héroTques efforts, son visage, tour à tour éclairé par le généreux espoir de vaincre et dévasté par la douleur d'être vaincu, reflétait l'angoisse des passions surhumaines... Il s'effondrait avec la magnificence des grands chênes foudroyés... Mais il s'effondrait 1...
MARIE
Toujours, à l'arrière-plan de votre esprit, cette idée qu'un Dieu foudroie l'impie I... Pourtant je suis impie et loin de trembler devant la foudre, c'est moi qui la brandis... Je suis autrement redoutable que les pantins ridicules dont on nous menace depuis que le monde est monde, qu'ils s'appellent Jupiter, Moloch, ou Jéhovah, sans oublier ce doucereux Jésus, qui nous condamne aux flammes de l'enfer pour la moindre atteinte portée à son nom.
MAXIMIN
Je ne permets pas qu'on tourne en dérision notre divin Sauveur 1
MARIE, lar un ton de paisible étonnement.
Monsieur l'abbé ne permet pas 1 Me parler sur ce Ion! Il y en a qui auraient peurl
MAXIMIN
Je suis enfermé dans ma foi comme dans une tour inébranlable...
MARIE
Insensé 1 Vous êtes dans un château de cartes! Un souffle l'abat!...
MAXIMIN
La mort seule, en me prouvant que Dieu n'existe pas, ferait écrouler mon refuge !...
MARIE, le prenant au mot.
Je souffle sur la tour!... (Appelant.) Soldats!... (Aux
quelques soldat» qui accourent). JctCZ Cet homme aU foud de
la fosse et percez-le de vos lances... Ensuite, sur le corps... de la terre, beaucoup de terre!... Comblez le trou, nivelez le sol!...
MAXIMIN, les yenx an ci*
Mon Dieu, que votre volonté soit faite I... (Les toi-
dats l'entraînent.)
MARIE, arrachant de son cou une chaînette arec des médaille* et les jetant aux soldats.
Tenez, enterrez avec lui ces amulettes que je portais encore.
PAUL
En cet endroit où je t'ai sauvé la vie, ne me refuse pas la vie de ce prêtre!...
A C TE V 40d
Je la refuse!... (Montrant le trou dans lequel le» soldats précipitent Maximin.) Cette fosse était le berceau, ce sera la tombe de celle qu'on avait baptisée Marie, son passé s'y engloutit en même temps que ce vieillard.... (Un cri d'agonie sort de la fosse, les soldats cessent d'y plonger leurs lances, et contents de leur prouesse, se regardent en ricanant.)
Voici l'instant où il constaterait que son Dieu n'existe pas si le néant constatait le néant !... Allons, ce fanatique a gagné contre moi!... Il a cru tant qu'il a pu croire!...
PAUL, les regards tournés yers la fosse.
O Dieu qui vous cachez sur les hauteurs, ayez pitié de celle en qui vous aviez mis tant de noblesse et qui, lasse de vous chercher en vain, n'est plu» qu'une misérable saunage!
TOTILO, qui au même instant rejoint Marie.
Que dit, d'un air si tragique, notre ami Paul?
MARIE
A moi, rien!... II invoque un oiseau d'Europe!...
RIDEAU
Les Marmousets, 11 juin— 26 Juillet 1901. Lueerne, 18 avril— H septembre 1916.
TAHLE