ACTE I
ROBERT
Naturellement, pour être auprès de mes parents...
Eh bien ! venez me voir demain, nous arrangerons cela.
MIREMONT, entre en discutant avec Bouseard.
C'est égal, voilà des attentats que nous ne connaissions pas dans la contrée. Nous avions des coquins, mais pas d'anarchistes, et, vous avez beau dire, ceci est un tour d'anarchiste ! (Devant les fenêtres,
dans la nuit noire, on voit passer de petites flammes : les lampes des mineurs qui escortent le cadavre.)
BOUSSARD
Il est si difficile de distinguer un anarchiste d'un
simple idlOt I... (Madeleine, les épaules secouées par les sanglots, la figure à demi cachée dans son tablier, accourt du debors et se jette dans les bras de Robert.)
MADELEINE
Ton pauv' papa I... Ça m'fait l'efi"et qu'c'est luil...
(Catherine, entrée derrière elle, la prend par les épaules et, lui parlant doucement à l'oreille, l'entraîne à l'intérieur de la maison. En même temps, les lampes des mineurs se groupent devant la porte, on entrevoit des formas humaines qui vont et viennent autour d'un objet blanc. Enfin Joarnet arrive, précédant deux mineurs portant le cadavre roulé dans un drap. Derrière eux entre Prosper suivi de quelques hommes avec les lampes allumées.)
JOURNET
Où va-t-on l'mettre?...
93 LB REPAS DU LIOr\
PROSPER, montrant le plancher, sou« la fenêtre.
Là, su' rplancher!... C'n'est qu'en attendant. La voiture sera bientôt ici.
JOURNET
Allez donc chercher une botte de paille pour n'pas salir vot' plancher.
PROSPER On y va I (II sort lestement.)
JOURNET, aux porteurs.
Patience, les gars!... Vous fatiguez pas !...
UN MINEUR, jetant sur son fardeau un regard de pitié.
Oh 1 c'est pas lourd... Rien qu'la peau et les os !... Ces vieux schniqueurs, c'est comme séché au four.
(Prosper revient avec la paille qu'il éparpille sur le plancher.)
JOURNET, aux porteurs, en leur indiquant l'endroit où ils doivent ranger le corps.
Là, doucement .... (Les porteurs allongent le cadavre sur la paille, parallèlement au mur, puis ils retirent leurs casquettes et vrint rejoindre le groupe des mineurs resté aux environs de la porte d'entrée. Jean traverse lentement !a salle, les jeux fixés sur le cadavre. A un pas du mort, il s'arrête et parle d'une voix blanche.)
JEAN
Devant lui je promets que je consacrerai ma vie aux ouvriers. Des hommes meurent pour nous, je
veux me dévouer à eux ! (Vaincu par l'émotion, il tombe en ■anglotant dans les bras de Louise, qui l'entraîne au dehors.)