ACTE
pour atteindre les gazelles, tout leur espoir est dans la grifîe du roi. Dans sa griffe, entendez-vous! Au crépuscule, il quitte son repaire et cherche sa proie. La voici !... Alors les bonds prodigieux, la lutte furieuse, les mortelles étreintes, puis le festin royal sous le regard respectueux des chacals. Lorsque le lion a le ventre plein, les chacals dînent. Croyezvous que ceux-ci seraient mieux nourris si le lion partageait sa proie en autant de morceaux que de convives et s'en réservait un maigre quartier? Pas du tout !... Ce lion doucereux ne serait plus un lion, à peine un caniche d'aveugle !... Je le vois s'arrétant d'égorger au premier cri d'angoisse et léchant les plaies de sa victime. Parlez-moi d'un animal féroce, ardent à la curée, ne rêvant que meurtre et boucherie. Celui-là, quand il rugit, les chacals se passent la langue sur les lèvres... Le superflu du lion cruel est plus abondant que les prodigalités du lion généreux.
Comprenez-vous maintenant ? 11 y a une différence entre la pâtée qu'on apporte et le buffle qu'on étrangle, entre un porc à l'engrais et un lion à la chasse, entre l'oisif qui digère et l'industriel qui fait jaillir des sources nourricières dont le travailleur absorbe le trop-plein... (Un ouvrier, bâti en hercule, à physionomie bestiale, bondit jusqu'à Jean, ef, tantôt lui parlant yisage «Mitre visage, tantôt tourné vers l'assemblée, déblatère avec furi'