‹ Théâtre completChapitre 72 sur 190 · LE GÉANT · texte numérisé non relu

LE GÉANT

Si t'es pas content avec ce qu'il a dit I... A moi,

-es chacals, chez le lion 1... (Il fonce au dehors, suivi des plu» exaltés. Robert barre le chemin aux autres et parvient à les contenir.)

ROBERT

Camarades, voyons 1 On ne s'en va pas comme ça I...

L ABBÉ, se joignant à Robert.

Il vous donne un million !... Accordez-lui un instant d'attention !...

JOURNET

C est bien le moins I... (Les ouvriers s'apaisent ; plusieurs rentrent dans les bancs, mais aucun ne s'asseoit. On les devine prêts au départ. Robert, l'abbé et Jean restent groupés devant la chaire.)

ROBERT

Mauvaise affaire, monsieur Jean 1... Ceux qui partent vont semer la fureur dans l'usine.

l'abbé

Et .pourquoi?... Pour un accès de vivacité!... C'est toi, Robert, qui, avec ta comparaison de porc

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à l'engrais» qui n'était pas juste, as provoqué celle du lion...

ROBERT

Qui ne vaut pas mieux!... (AJean.) Assimiler l'ouvrier dont le labeur fait la fortune du patron au c!)acal qui se gave d'une charogne dédaignée par le lion, c'est un peu fort!... Les chacals n'aident pas le lion à terrasser sa proie, tandis que la richesse du maître est l'ouvrage de nos mains.

JEAN

Hier, après une longue promenade dans la forêt, je me reposais auprès d'une source qui rafraîchit un vallon que l'industrie a épargné. Une femme accablée sous le poids d'une charge de bois mort est venue boire. Après s'être désaltérée, me prenant à témoin de son contentement, elle s'est écriée : « Oh! la bonne eau, monsieur Jean!... Je suis sûre qu'à Paris une fontaine pareille vaudrait de l'or !...» Elle avait raison... Une source épanchant ses eaux glacées au cœur de Paris représenterait une fortune qui, entendez-vous bien ? ne devrait rien au travail. Autre exemple: si, chaque matin, vous ne réclamiez pas une tasse de café, la baie du caféier n'aurait pas plus de valeur que celle de l'églantier. Votre gourmandise enrichit les colons qui cultivent la graine parfumée, les armateurs qui la transportent au delà des mers, les commerçants qui la détaillent à vos ménagères. J'en conclus qu'un objet doit son prix au grand nombre de personnes qui le convoitent. La richesse naît du désir 1...

ROBERT

Camarades, lorsque, traquées par la misère, vos filles descendent sur le trottoir, elles y exploitent le désir, qui, en effet, paye mieux que l'atelier !..

l'abbé

Je m'explique pourquoi Jésus maudissait les riches 1

JEAN, i l'abbé.

Il ne s'agit pas de savoir s'il y a de l'argent bien ou mal gagné, mais de répondre à cette question : d'où sort la richesse ? Vous prétendez que c'est des mains de l'ouvrier. Moi, je soutiens qu'avec ses appétits l'ouvrier produit plus de richesses qu'avec

ses bras. (Rumeur».)

ROBERT

Vous admettez donc que nos bras en produisent ?

Oui. Votre activité est un des éléments de ma fortune, mais il est loin d'être le seul, il n'est même pas le principal, comme je le croyais moi-même lorsque j'encourageais aveuglément vos exigences.

ROBERT

Ne discutons pas sur le plus ou moins de valeui du travail. En reconnaissant qu'il aide à vous enrichir, vous désavouez l'injuste comparaison de l'ouvrier avec le chacal. A mon tour, je vais vous faire une concession si grande q::£ mes anus s'en

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