ACTE IV
Philippe !
PHILIPPE
Laisse-moi parler à mes barons; Selon qu'ils vont agir, nous nous déciderons. Ou Rome , avant un mois , aura de mes nouvelles ; Ou , seul , répudié par des vassaux rebelles , Déposé par un moine , on me verra plutôt M'exiler avec toi que te faire défaut.
— Rome n*y perdra rien ! Je voue à la vengeance Toute Tactivité de mon intelligence.
Je verrais ma couronne au front d'un étranger, Que je serais content , si je puis me venger. Enfin , je ne sais pas , — tant cette haine est forte ! — Si l'amour dans mon cœur ou la haine l'emporte.
— Arrière , anciens projets ! vieilles ambitions ! Conquêtes, monuments, et législations!
Je recommence à vivre , et suis un nouvel homme : Dans le monde désert, je ne vois plus que Rome ; C'est Rome qui m'appelle , et c'est par ses débris Que passe le chemin qui ramène à Paris.
AGNÈS
Philippe !
PHILIPPE
Heureux sultan , qui n'as point de saint-père —Ah I l'on me pousse à bout ! Ah ' l'on me désespère ! Eh bien ! je suis maudit , pourquoi pas Sarrasin? Maudit et mécréant, l'un de l'autre est voisin.
Sire, c'est insensé ; c'est de la frénésie.
Je ne veux point tremper dans cette apostasie ;
Non , je ne le veux point. — Je ne partirai pas.
S'il faut que vos fureurs s'attachent à mes pas.
Fatale , si je pars , fatale , si je reste ,
Je vais cacher au monde un objet si funeste.
J'entrerai dans un cloître.
PHILIPPE
Et moi , je t'y suivrai.
AGNÈS
J'embrasserai l'autel.
PHILIPPE
Je t'en arracherai.
Crois-tu donc qu'à présent je craigne quelque chose , £t qu'un voile et des vœux soient un frein qu'on m'oppose? C'est une impiété; tant mieux! une de plus!
— On verra des forfaits, puisqu'on les a voulus.
AGNÈS
Oh ! que faire, mon Dieu?