ACTE IV
Est-ce d'avoir pu croire , après tout le clergé , Que Philippe était libre , ainsi qu'on l'a jugé ? Et si c'est mal jugé , moi , votre humble servante , Plus que tous vos docteurs devais-je être savante? Est-ce d'avoir pensé que nous étions unis , Nous qui par l'archevêque avons été bénis?
Est-ce d'avoir trop bien écouté ce précepte , Qu'il faut être fidèle à l'époux qu'on accepte? Ce sont là mes forfaits pourtant !
LE MOINE
Madame, adieu.
Vous vous justifirez au tribunal de Dieu.
AGNÈS
Un instant ! attendez ! Souffrez qu'on délibère! Je ne me plaindrai plus ; restez là , mon bon père ! —Ne le déposez pas!
LE MOINP.
J'exécute l'arrêt.
AGNÈS
Ne l'exécutez pas , Monseigneur, s'il vous plaît Pourquoi l'exécuter? C'est encore un mystère; Vous seul du sceau fatal êtes dépositaire ; Vous feindrez au besoin de l'avoir égaré , On s'en repent peut-être , et l'on vous saura gré.
— Dieu ! quelle anxiété 1 Je reste , on le dépose ; Je m'en vais, il m;î suit; et c'est la même chose.
— Mon père ! c'est en vous qti'est mon unique eftpiJiftI Comment m'y prendre, hclas! pour mieux vous émouvoir ;
Grâce ! grâce ! — Oubliez d'orgueilleuses paroles. Je me justifiais par des raisons frivoles.
Oui , je suis criminelle , et le dis hautement. Pardonnez-moi mon crime , au nom du Dieu clément ! »Par votre saint habit qu'à vos genoux j'embrasse , Par votre saint rosaire , accordez-moi ma grùce 1 Si -vous me repoussez, c'est fait de moi ! — Merci! Je ne vous quitte pas, sans avoir réussi.
LE MOINE , leTant Ips yeux aa ciel.
Seigneur ! venez en aide à ma force ébranlée ! C'est grand'pitié de voir cette âme désolée.
AGNÈS
Grâce!
LE MOINE
Pour m'affermir, Seigneur ! rappelez-moi Les droits impérieux de votre sainte loi !
AGNÈS
Grâce !
LE MOINE
Je suis ici l'instrument d'un autre homme ; Celui qu'il faut fléchir, pauvre femme, est à Rome.
AGNÈS
Conduisez-moi vers lui ! je le prîrai si bien , Qu'il me pardonnera , lui , le premier chrétien. C'est"'le représentant du Sauveur; ce doit être L'ami tics affligés , comme son divin maître.