ACTE I
TOUS
Bravo !
DANTON
La République est un robuste enfant , Messieurs ; elle est venue au monde , en triomphant.
— Sous le feu des canons , nos jeunes volontaires Ont montré le sang-froid des plus vieux militaires ; Puis à la baïonnette ils se sont élancés ;
Les Prussiens ont fui. — Voilà ce que je sais.
TOUS
Bravo 1
DANT.ON
Ce n*est pas tout , et Dumcuriez me mande Que le désordre est grand dans Tarmée allemande. La disette , la fièvre , un automne orageux , Les chemins défoncés et le terrain fangeux , L'approche de Thiver après une défaite , Tout enfin lui commande une prompte retraite.
— Ainsi puisse périr toute autre invasion I Paris est délivré !
TOUS
Vive la nation !
DANTON
Jamais ces jeunes gens n'avaient vu la mitraille.
Le seul patriotisme a gagné la bataille.
Et nous , qui recevons un tel enseignement »
228 CHARLOTTE GORDAY.
Ne rougirionshnous pas d'un moindre dévoùment ?
Ils ont sur nos contins sauvé la République ;
Mais elle esl en danger sur la place publique.
Nous la sauverons , nous , si nous sommes vainqueurs ,
Non plus des ennemis , mais de nos propres cœurs.
Dans l'oubli du passé noyons notre rancune ;
Ne songeons désormais qu'à la cause commune.
Nous sommes tous ici de francs républicains;
Nul de nous ne prétend rétablir les Tarquins;
Nul ne veut ramasser le sceptre d'un roi Charle ;
Cromwrell , — ^ s'il en est un , — n'est pas celui qui parle.
Quel démon nous excite à nous entr'égorger,
A donner cette fête à l'impie étranger?
Où donc s'arrêtera la discorde civile ,
Si dans le sénat même elle trouve un asile ?
— Prenons garde , messieurs , à ces dissensions ! Je me connais , je crois , en agitations ;
J*ai vu de près le peuple , et j'en ai l'habitude. Eh bien ! — ne jouons pas avec la multitude ; N'appelons pas le peuple au secours des partis , Si nous ne voulons pas être tous engloutis.
— La lave s'amoncelle et cherche une ouverture ; La révolution demande sa pâture ;
Tournons vers la conquête , et lançons mv le Rhin Ce torrent , rejeté hors de notre terrain 1 Que d'un sublime élan , la France tout entière , Se lève à notre appel , et coure à la frontière ! Rendons aux ennemis , que nous avons chassés , I.es envahissements qui nous ont menacés !
Répondons à Verdun par un acte énergique ; Que notre coup d'essai délivre la Belgique ;