‹ Théâtre completChapitre 166 sur 252 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

La chambre à coucher de Charlotte. •* Uo lit, une petite bibliothèque, un portrait de P. flbrneÙle. <— Une table sur laquelle sont des llrres el une lampe qui achève de brûler. »• Il oommenoe à foire jour.

CHARLOTTE, accoudée sur U taUe.

L'étoile du berger, qu'on aperçoit encore , Pâlit à l'orient que le matin colore ; Aux heures de la nuit succède un jour nouveau , Et toujours cette j(iée assiège mon cerveau.

Elle Ut la Bible ouverte sur la table.

* a Seigneur, ce sera un monument glorieux de votre « nom , qu'il périsse par la main d'une femme. »

— C'est écrit dans la Bible; oui, la Bible décide Qu'il est, dans certains cas, permis d'être homicide.

Chez tout autre, forfait, chez Judith c'est vertu.

— fantôme de ludith , que me demandes-tu?

Pourquoi me montres-tu, "d'une main , ton épée? Pourquoi tiens-tu, de l'autre, une tête coupée? Si tu n'es qu'un vain rêve, un enfant de la nuit, Rentre dans le néant avec l'ombre qui fuit ;

Si c'e^ Dieu qui l'a dit de me montrer la route , Prête-moi ton courage , et dissipe mon doute.

Elle reg^arde les livres épars sur sa taUe.

Et vous , en qui Dieu parle aussi , grands écrivains! .

— Car le feu du génie a des foyers divins; — . Vous avec qui je veille en un chaste commerce! Esprits vivants des morts ; avec qui je converse ! Plutarque, Montesquieu, toi Jean-Jacques, vous tous, Compagnons de mes nuits ! — que me conseillez-vous ? Ne m'avez-vous tant fait haïr la tyrannie

Que pour me condamner à la voir impunie ,

Et quand vous me vantez les deux derniers Romains ,

Ne me mettez-vous pas leur poignard dans les mains?

Elle lit un passage de Montesquieu.

« A Rome, surtout depuis l'expulsion des rois, la loi était « précise, les exemples reçus. La République^ armait le tf bras de chaque citoyen, le faisait magistrat pour le mo- « ment, et l'avouait pour sa défense... La vertu semblait « s'oublier, pour se surpasser elle-même, et l'action « qu'on ne pouvait d'abord approuver, parce qu'elle étai\ « atroce , elle la faisait admirer comme divine. »

Ainsi de tout côté la réponse est la même; Tel est l'arrêt rendu par cette cour suprême.

Page 1