SCÈNE V
CHARLOTTE, UENFANT.
CHARLOTTE
Viens , mon enfant ! — Bonjour, figure blanche et rose ! Ma vue avec bonheur sur ton front se repose.
— C'est étrange ! toujours les enfants vont à moi ; Je les attire tous , je ne sais pas pourquoi. A Caen , c'était le fils d'une pauvre ouvrière , Qui s'était pris pour moi d'amitié singulière ; Il me suivait partout , et , dans les prés voisins , J'ai souvent crayonné pour lui quelques dessins.
La petite fille, appuyée sur les genoux de Charlotte, prend le couteau dont le manche parait; en le tirant du sein de Charlotte , elle le laise tomber par terre. — Charlotte le ramasse promptemeut et le remet dans Sun sein.
31« CHARLOTTE GORDAY.
^ Qui croirait qu'exerçant sur l'enfance un tel charme , Je m'apprête à tuer un homme avec cette arme !
l'enfant.
Pourquoi faire avez-vous ce couteau de boucher?
— Faites-moi voir.
GHARDOTTE, repoussant r enfant.
Non pas!
D'un ton plus doux.
Il n'y faut pas toucher.
— Comment vous nommez-vous?
l'enfant.
Je me nomme Louise.
CHARLOTTE
OÙ donc est votre mère?
L ENFANT, montrant la jeune femme assise au fond du thé&tre.
Elle est là-bas , assise.
L'enfant joue ayec les graviers.
CHARLOTTE
Que la voix des enfants , que l'aspect de leurs jeux Rendent vite le calme à nos cœurs orageux !
C'est comme un pur matin dont la fraîche rosée Descendrait lentement sur ma tête apaisée.
Elle se lève et fait quelques pas.
— Comme le ciel est bleu I — Derrière ces maisons Comme on doit découvrir de vastes horizons I