SCÈNE IL PHILIPPE-AUGUSTE, AGNÈS
AGNES, allant av-deTant de Philippe.
Bonjour, doux sire; à mon domma;^o, Vous avez , celte fois , tardé plus que d'usage.
PHILIPPE
Je présidais ma cour, chère Agnès.
AGNÈS
Eh bien ! moi , J'accuse votre cour, qui m'enlève le Roi , Et soutiens , Monseigneur, qu'elle est digne de blâme , De rendre un chevalier infidèle à sa dame.
PHILIPPE
Pardonne-nous , Agnès ; nous avions à juger
Un procès qui valait la peine d'y songer ;
Car l'accusé n'était.rien moins que Jean-san&-Terre ,
Lo duc de Normandie et le roi d'Angleterre.
AGNÈS
Quoi! Jean-sans-Terre?
PHILIPPE
Oui , Jean , cet infâme égorgeur, Jean , l'assassin d'Arthur dont je suis le vengeur. Jamais , par si traîtreuse et lâche barbarie , Chevalier n'a fait honte à la chevalerie ;
Et moi y satisfaisant au cri de l'univers , Tai cité l'assassin devant les douze pairs.
AGNÈS
Sire, vous pouvez donc juger les rois eux-mêmes ? Je croyais que les rois étaient maîtres suprêmes.
PHILIPPE
Oh 1 dans son Angleterre il peut faire le Roi? Mais , pour sa Normandie , il relève de moi , Et , comme mon vassal , et malgré sa couronne , Il doit compte à ma cour de. toute œuvre félonne.
AGNÈS
Et Jean a-t-il paru , Sire?
PHILIPPE
Non pas , vraiment ; Jamais le criminel ne s'offre au jugement.
Mais n'importe ; ma cour, pour meurtre et perfidie , A déshérité Jean du fief de Normandie.
— Ah ! notre bonne cour ! son arrêt, j'en répond, D'une nouvelle époque est le début fécond.
C'est la première fois qu'elle juge un monarque ; C'est de mes volontés une éclatante marque.
Je veux qu'on sache bien que , parmi mes vassaux , Il n'en est pas un seul , et j'entends des plus hauts , Qui doive , à l'avenir, conserver l'espérance D'écarter de son fief la main du Roi de France.
— Mais il faut maintenant exécuter l'arrêt ;
Car, tu comprends , Agnès , quel affront ce serait ,