ACTE I. J
Dévorera la Fraixce , ou deviendra française.
— Alors , fermés chez nous , alors nous régnerons ; Alors nous ferons voir à nos propres barons
Qu'il n'est pas de fossé , qu'il n'est pas de muraille , Que ne puisse franchir notre gant de bataille ; Et qu'on a beau couper et clore le terrain , Il n'est qu'un seul royaume et qu'un seul suzerain.
AGNÈS
Hélas 1 pour mon esprit la matière est trop haute ; Je comprends seulement que vous me ferez faute. Je suis fière , il est vrai , tant vous êtes vaillant ; Pourtant je m'en afflige , en m'en émerveillant. J'aimerais presque mieux , en ce métier des armes , Moins de valeur pour vous , et pour moi moins d'alarmes.
— A-t-on bien attaché les pièces du harnois?
Au moment du combat , il se défait parfois.
Ton armure , Philippe , est-elle bien trempée? Ah ! toute armure laisse un passage à l'épée !
— Tonécu?
PHILIPPE, montrant un écuyer.
Le voilà.
AGNBS.
Ton casque?
PHILIPPE, allant prendre son casque aux mains d'un page.
Il est ici.
Il ne nous reste plus qu'à le lacer ainsi.
Je t'ai gardé ce soin , dont ta main est jalouse ; Car pas un éçuyer n'y vaudrait une épouse.
n s'agenouille devant Agnès , qui attache le casque.
Sois prudent !
PHILIPPE, se relevant , le casque en tAte.
Ne crains rien , Agnès ; au fond du cœuj Quelque chose me dit que je serai vainqueur, Et que je porterai ma couronne agrandie Du précieux fleuron des ducs de Normandie.
Certe , après que Richard , ce rude champion, Richard , tête de fou , mais vrai cœur de lion , Après que ce héros de la chevalerie , Contre ma persistance a brisé sa furie , Et pu connaître ainsi lequel est le plus grand , D*un chef d'état ou bien d'un chevalier errant ; Ce n'est pas Jean qui peut rétablir la balance , Lui qui tient aussi mal le sceptre que la lance , Lui qui , tout à la fois , et brutal et couard , A , sans leurs qualités , les vices de Richard.
— Et puis, je reviendrai; je dirai mes faits d'arme, Et les dangers passés , dont la mémoire charme ,
Et nous admirerons ensemble , triomphants , Combien en quelques mois ont grandi nos eniants , Et comment ils ont pris , aux mêmes intervalles , L'une des yeux plus doux , l'autre des yeux plus mâles.
AGNÈS
J'avais espéré mieux ; mais je sais , Monseigneur, Qu'il faut être au devoir, avant d'être au bonheur.
— Allez donc ; pardonnez un peu de défaillance ; Allez , Sire , où l'honneur pousse votre vaillance 1