ACTE II
GUILLAUME, lai serrant la main.
Comte,....
ROBERT
• Vous souvient-il qu'en terre de Syrie Nous avons mis à fin- mainte chevalerie ?
Les tours de Sa^int-Jeau-d'Acre ont connu nos cimiers ; A l'assaut des remparts nous montions les premiers ; Et quoique , depuis lors , nous ayons fait la guerre , Vous pour Philippe , et moi pour Richard d'Angleterre , Je n'ai point oublié , quel que fût mon parti , Qu'au métier des combats je suis votre apprenti.
GUILLAUME
Soyez le bienvenu , comte Robert , en France. Je me souviens aussi de votre bonne lance ; Souvent j'eus à rougir qu'un de nos jouvenceaux Devant moi , vieux guerrier, parût dans les assauts. — Comte , vous visitez un lugubre royaume.
ROBERT
Qu'est-il donc arrivé chez vous , sire Guillaume ? Je viens de Normandie , et j'apporte , je croi , Des offres qui plairont à monseigneur le Roi ; Mais tout ce que j'ai vu m*est d'un sombre présage : Un silence effrayant régnait sur mon passage ; Ceux que j'ai rencontrés marchaient le front baissé ; Nul ne se retournait , quand il avait passé ; Vainement je cherchais , aux balcons des ruelles , Le som-ire agaçant des jeunes demoiselles ;
m AGNES DE MERANIE.
La fenêtre immobile et les rideaux fermés D'aucun regard furtif ne se sont animés ; Et comme si j'entrais dans une cité morte , Je trouvais un cercueil placé sous chaque porte.
— Ici même , on dirait d'un palais endormi •Qu'une fée a touché de son doigt ennemi :
Aucun gardien ne veille à la barière ouverte ; J*ai , sans introducteur, franchi la cour diserte , Et n'ai rien entendu que mon pas inquiet ,
Le long du corridor solitaire et muet.
GUILLAUME
Vous avez vu l'effet de la foudre romaine
Qui tue un peuple entier pour atteindre la Reine.
ROBERT
Quoi donc?
GUILLAUME
L'ignorez-vous ? Ne vous a-t-on pas dit Que le pays de France est mis en interdit ?
ROBERT
Non. J'étais assiégé chez moi par Jean-sans-Terre , Et les bruits du dehors ne me parvenaient guère.
— La France en interdit !
GUILLAUME
Depuis le mois passé.
— Comte , j'étais présent , quand l'arrêt fut lancé. Ce que je vis alors est si terrible chose ,