SCÈNE III
GUILLAUME, AGN.ÈS.
AGNÈS
Dieu ! le moine est revenu I
— C'est le moine !
Il est vrai.
AGNÈS
Je l'ai bien reconnu.
Oh ! je le vois souvent dans mes songes. D'avance , A de soudains frissons ^ j'ai compris sa présence.
— Que vient-il faire ici?
GUILLAUME
Je ne sais.
AGNÈS
Je prévois Qu'il nous apporte encore un malheur.
GUILLAUME
Je le crois.
AGNÈS
11 leur faut leur victime ! et leur main furibonde , Pour abattre une femme , ébranlerait le monde !
1Û2 AGNÈS D£ MËRANIË.
Qu'ils soient fiers ! me voilà malheureuse à leur gré.
— J'ai réfléchi , Guillaume , et je m'exilerai.
GUILLAUME
Je m'incline humblement. Nos vertus , à nous autres , Ne sont que jeux d'enfants , Madame, auprès des vôtres.
Ah ! ne me parlez pas de vertu ! Croyez-moi ,
Ce n'est pas par vertu que je quitte le Roi ;
C'est par amour, c'est pour sauver celui que j.'aime ;
C'est que j'ai mieux aimé Philippe que moi-même.
A quoi bon la vertu ; puisqu'on voilà l'effet?
Que craindrai&-je de pire , après avoir forfait?
Que dis-je ? je pourrais alors , la tète haute ,
Recueillir les profits réservés à la faute ;
Mais parce que mon cœur est resté pur toujours ,
Je me vois arrachée à mes chastes amours ;
Je m'en vais , sous le poids de la haine publique ,
Emportant l'anathème , et le nom d'impudique ,
Loin de mes deux enfants , et loin de mon mari ,
Traîner dans mon exil un veuvage flétri.
— Dites ! pour que je sois si durement traitée , En quoi cette rigueur est-elle méritée ?
GUILLAUME
Votre infortune est grande , il le faut avouer ; Mais aussi , n'est-ce rien que de se dévouer? Peut-on payer trop cher, par aucune souffrance , L'honneur d'avoir sauvé le royaume de France ?