‹ Théâtre completChapitre 23 sur 146 · EDMÉE, MADEMOISELLE LEBLANC, BERNARD, M. AUBERÏ · texte numérisé non relu

EDMÉE, MADEMOISELLE LEBLANC, BERNARD, M. AUBERÏ

EDMÉE, à mademoiselle Leblanc.

Tu m'as donné là de mauvais ciseaux!

MADE.MOISELLE LEBLANC

Youlez-vous que j'aille chercher les vôtres?

EDMÉE

Non, certes! Traverser la terrasse et remonter dans le château, ce serait donner trop de peine à tes jambes, pour en épargner un peu à mes doigts.

MADEMOISELLE LEBLANC

Mais, aussi, mademoiselle, quelle idée avez-vous maintenant de venir vous installer dans l'orangerie pour cet ouvrage-là?

EDMÉE

Il y fait bon ! C'est plus vaste que nos appartements, on y respire mieux.

MADEMOISELLE LEBLANC

Ah! vous voilà donc comme ce monsieur (elle désigne Ber-

nard), qui étouffo partout, et qui, si M. Aubert voulait l'en croire, prendrait ses leçons à travers'champs ?

M. ALBERT, à Bernard.

Mille pardons, monsieur, mais ce n"est point là la phrase que j'ai eu l'honneur de vous dicter.

BERNARD

Eh bien, qu'est-ce que ça fait, puisque ça signifie la même chose ?

M, AVBERT.

Sans doute; mais il y aurait une faute de français.

Bernard bausse les épaules.

MADEMOISELLE LEBLANC, à Edniée.

Ah! il fait des fautes de français à son âge ?

EDMÉE

Mon Dieu, il est comme toi, ma bonne Leblanc ! Il ne peut pas savoir ce qu'on ne lui a pas appris.

MADEMOISELLE LEBLANC

C'est égal, mademoiselle, c'est un rustre achevé !

EIjMÉE.

Tu le détestes donc bien?

MADEMOISELLE LEBLANC

Et vous, mademoiselle Edraée^ est-ce que vous pouvez supporter cet ètre-là?

EDMÉE

Tu le vois, je le supporte, (a m. Aubert, qui se rapproche d'elle.)

Eh bien, votre leçon est déjà finie?

M. AUBERT

Elle est à peine commencée, et déjà il s'endort.

EDMÉE

Il n'arrive donc pas à se vaincre ?

M. AUBERT

Il le veut rarement! et, quand il le veut, comme aujourd'hui par exemple, où votre 'préseiice le stimule, il qe le peut pas.

tô

MADEMOISELLE LEBLANC

Je le crois bien, ça a le sang épais et la tète lourde d'un paysan !

EDMÉE

Au contraire ! Il a le sang trop vif; n'est-ce pas, monsieur Aubert? C'est de famille, mon père est ainsi. Eh bien, quand il ne serait pas plus studieux, pas plus érudit que lui ?

M. AUBERT

Ah ! pourvu qu'il eût son cœur généreux, sa bonté inépuisable...

EDMÉE

Mais... Bernard n'est pas méchant?

Bernard s'éveille, il a le dos tourné au groupe, il a la tète dans ses

mains , il écoute.

MADEMOISELLE LEBLANC

Que voulez-vous qu'il soit avec cette mine-là? Regardez-le! quelle tournure il donne à ses habits ! Et ses cheveux sans poudre, est-ce décent ?

EDMÉE

Oh! cela...

MADEMOISELLE LEBLANC

Mais savez-vous qu'il a manqué tuer Saint-Jean, la première fois qu'on a voulu le collier? « Olez-vous de là, a-t-il dit en jurant comme un possédé, ou je vous fais avaler votre boîte à farine! » Vous riez, mademoiselle ?

EDMÉE

Sans doute. Je comprends très-bien son horreur pour vos modes absurdes, et je crois qu'il est beaucoup mieux avec sa chevelure naturelle, qui est superbe.

MADEMOISELLE LEBLANC

Moi, je le trouve aflreux avec cette crinière-là. ~ .

EDMÉE

Bah! tu ne t'y connais pas.

46 THÉÂTRE COMPLKT DE GFORCK SAND

BKKXARl), à pari, Iresiaillanl.

Tiens! comme elle a dit ça! me trouvepait-elle enfin un peu à son gré ?

Il se retourne et la regarde.

M. AUBERT

Êtes-vous mieux disposé maintenant, monsieur ?

Oui, j'ai fait un petit somme qui m'a éclairci les idées. Venez, dépéchons.

Mademoiselle Leblanc sort.

M. AUBERT

Pardon 1 ce n'est pas ce cahier-là.

BERNARD, brusquement et regardant toujours Edmée. C'est donc l'autre ? , .

M. AUBERT, avec une douceur obstinée.

Non, c'est le troisième; nous étions en train de définir, en passant, la logique !

BERNARD

Au diable la logique !

EDMEE, d'un ton de reproche.

Bernard!...

. BERNARD, regardant alternativement Edmée, qui s'est remise à travailler, et son cahier.

Allons 1 si vous y tenez!... (a part.) Elle m'a défendu contre la vieille sorcière, pas moins ! (a m. Aubert.) Vous disiez donc... oui, j'y suis, et j'ai compris de re?te. l'ardieu! ce n'est pas sorcier, votre logique. C'est le pourquoi et le comment de toute chose, des idées, des mots par conséquent; c'est elle qui gouverne toutes les règles; donc, elle veut que moi, nominatif ou sujet... sujet! un drôle de terme!... lorsque j'exprime mon action sur les choses ou les personnes...

Il hàille, Pulicnce enire, M. AUBERT.

Çoiirftge, moiisiem'! c'était fgci \mh

MArPRAT ; ^ 47

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