‹ Théâtre completChapitre 70 sur 146 · SCÈNE IV LE DUC, FLAMINIO · texte numérisé non relu

SCÈNE IV LE DUC, FLAMINIO

Flaminio entre et jette un coup d'œil autour do lui, puis s'approrlie de la cheminée, où le duc tisonne. Tous les df^ux se regardent en même temps. Flaminio est bien rais, un peu trop bien pour le matin.

LE DUC

Tiens, c'est toi ?

FLAMINIO

Comment! c'est vous? Eh bien, dites donc, père Sinigalia, où avez-vous pris toutes ces décorations?... Quelle farce jouez-vous là ?

LE DUC

Tu ne sais donc pas? j'ai hérité : mon oncle le duc est enfin trépassé.

Ah çà! c'était donc vrai, que vous étiez de famille princière ?

LE DUC

Rien n'est plus vrai. J^ suis duc.

FLAMINIO

J'ai toujours cru que vous vous moquiez de nous.

1j2 XrtKATRK COMPLET DE GEORGE SAXD

LE nrc.

Je serais môme souverain, si j'avais le moyen de réiiner. Mais, grâce à un M. de Kologrigo... Je le conterai ça à loisir! parlons de toi. Comment diable te trouves-tu ici, chez lady Melvil? —Qu'est-ce que lu fais donc maintenant?

FLAMIMO.

Moi ? Rien, comme à l'ordinaire.

LE DUC

Tu as tort,

FLAMIXIO.

Oh ! que non ! le travail m'a toujours porté malheur... LE DUC, \o regardant.

Est-ce que tu aurais fait aussi un héritage ?...

FLAAIIMO.

Moi? Je suis fils de l'Adriatique, et ma mère est aussi avare que je suis prodigue. Elle garde pour elle tous les joyaux que lui ont donnés les doges en l'épousant, et, pour avoir eu tant de pères, je n'en suis jias plus riche. Mais ça ne m'empêchera pas d'aller voir le musée, tout à l'heure, de dîner ensuite au Café de Paris et de prendre ce soir une stalle aux Italiens.

LE DUC

Alors, tu as quelque argent?

FLAMINIO

J'ai cinquante francs de reste, sur le prix d'une montre que j'ai vendue à Genève ; ça a payé mon voyage, les habits que voilàj et ça va me payer une journée d'élégance parisienne.

LE DUC

Et demain?

FLAMINIO

Bah ! vous disiez toujours ca, demain !

LE DUC

Et lu H'pondais toujours : Nous n'y sommes pas. Allons. tu ne t'es pas amendé! Pau\re garçim! je viui<l.-ais bifu te restituer tout de suite...

ir, A M 1 N I 1 Sj'î

I I. A M I N 1 1), Tioiis, f'rsl \rai! je u) pi'iHais plus' V(Mi> me iU'\o7. (luclque chose, vous!

LK nue.

Je te dois trois mois d'appointements, depuis noire malheureuse campagne d'Autriche.

FLAJIINIO.

Ah! une rude campagne ! contre des oreilles barbares qui ne voulaient pas comprendre l'italien.

J'ai fait là de mauvaises aifaires; mais avoue que ce n'était pas ma faute ! ■

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