‹ Théâtre completChapitre 89 sur 146 · SCÈNE V Les êwes, FLAMINIO · texte numérisé non relu

SCÈNE V Les êwes, FLAMINIO

FLAMINIO s'arrête, étonné, devant la porte de droite, regardant l'attitude de Sarah, qui lui tourne le dos, et lâchant de compn ndro les signes que lui fait Barbara. A part. Eh bien, qu'y a-t-il donc? (Saïah se retourne, il voit ce qu'elle

tient.) Ah! maladroit que je suis !

SAR.\H, le regardant à peine.

C'est très-joli, très-curieux, ce que vous avez là.

FLAMINIO, d'un ton de reproche.

Sarah !

SARAII.

Vous êtes essoudlé! Vous venez de reconduire quelqu'un !

FLAMIMO.

Sarah !

SAKAU, qui a icluurué I iuslrunit.'nl, dans hius k's ^ens.

Ah! il v a un nout ! Marcarita! C'est un souvenir?

l'LAMINIO.

Oh! celui-là... c'est un souvenir honorable! On eût pu le décerner à Scipion de vertueuse mémoire.

SARAH

Ahl c'est la petite fille des montagnes? Vous y tenez beaucoup, à son souvenir? Si je le jetais par la fenêtre ?

BARBARA

Oh no! il serait cause d'une rassemblement.

SARAII, avec une gaieté fébrile.

Et ils sont défendus !

Elle essaye de briser l'inslrumcnt.

FLAMINIO

Vos petites mains n'ont pas la force. Donnez-moi donc ça.

Il le prend, le brise el le jette dans uu coin. SARAH.

Vous n'y avez pas regret ?

FLAMINIO

Je me briserais de même s'il ne fallait que cela pour retrouver votre vrai sourire.

SARAH, lui tendant les mains.

Pardonnez-moi, je suis folle !

FLAMINIO, lui baisant les mains. -

Enfin !

SARAII.

Mais OÙ étiez-vous donc ?

FLAMINIO

Avec Gérard, qui vous dira pourquoi nous...

SARAH, s'asseyant sur le caDapc.

Oh! que Gérard ne sache rien de ma jalousie! j'en suis honteuse, allez ! je sens bien qufe je vous irrite.

FLAMINIO

M'irriter ! Vous vous êtes quelquefois aperçue de mon dépit?

S*RAH

Non! vous êtes la patience même! mais je vous afflige. Oh! oui, je vous fais bien du mal!

fla;\iimo.

Ah! Sarah! ne fe,r^i$-je pas ii;deux...? SARAH , avec énergie.

Tais-toi! je sais ce que tu vas dire, tais-toi! Ah ! ne le dis pas! si tu m'aimes, ne le dis jamais.

FLA^IIXIO s'assied à droite du canapé.

'Eh bien, non! jamais! torture?- ipoi, tuez-moi, vous savez bien que je resterai.

SARAH, à Barbara.

Oh ! il vaut mille fois mieux que moi ! après mes injures! mes duretés!... (a Fiaminio.) Tiens, vois-tu-, personne, personne au monde n'a ta bonté, ta douceur généreuse, ton égalité d'àn^e. Et veux-tu que je te dise pourquoi tu as ,c,e caractère-là ? C'est parce que tu aimes comme aucun homme ne sait aimer. Oui, nous nous le disons souvent, ma sœur et moi, tu aimes à toute heure, sans défaillance de cœur, sans lassitude.de dévouement, sans préoccupation d'aucune de ces choses vaines et froides qui remplissent la vie prétendue sérieuse et utile des autres hommes. Tu reno^ices à tout pour moi, sans combat, sans regret, on dirait même avec joie! tu acceptes l'idée de vivre obscur et pauvre, parce que tu sais que mon orgueil et mon bonheur sont là. Eh bien, oui, mon rêve, le rêve de toute ma vie, c'est d'être aimée ainsi, sans éclat, sans partage, sans distraction, puisque je ne peux pas aimer autrement, moi !

FLAîyiINIO.

Oh ! j'ai pu la faire souffrir, et c'est ainsi qu'elle m'en punit! Chère miss.Melvil, remerciez-la donc pour moi, car le bonheur rn'étouffe.

BARBARA, qui a mis ses lunettes et gui s'est assisp à gauche de la table avec un livre-

Oh ! parlez à elle, je lise diviif! Plato! je attende la conclusion de Sarah, et je donner mon vote.

SARAII.

Eh biesn, donnez-l^e, cair j'ai résolu, en venant ici, de n'en sortir qu'avec sa parole.

FLAMINIO

FLAMIXIO.

Ma parole, Sarah!... quelle parole ?

SARAH

Oh ! ne recommençons, pas ! Toutes nos querelles, toutes nos douleurs viennent dç l'effroi que te cause cette idée. C'est cela qui me rend inquiète et jalouse. Ce n'est pas le présent! je sais bien que tu-n'aimes que moi ! mais l'avenir; tu n'oses pas m'en.gager l'avenir !

FLA.MIMO.

Moi ? c'est pour moi?... Oh! inju,ste! injuste et cruelle!

SARAH

Vas-tu me parler des jugements du monde? Est-ce que tu le connais, le monde? Moi, il ne me connaît pas! Est-ce que je ne l'ai pas toujours évité, ou traversé sovis w^ voile irr\pénétrable? Est-ce que j'ai besQ^i,^» de lui, moi, ç,rain,tive, qui ne respire que dans l'intimité? Est-ce qu'il a besoin de moi, qui n'ai aucun de ses goûts ? Est-ce donc p,(^\\iT lui plaire qiie j'ai toujours été avare et commp jalouse de moi-même ? Ce ne serait pa,s le moyen. Il aime l,ç,s femmes brillanteis'et ne remarque pas l'absence de celles qui se font une existence à part. Je ne sui^.pourta.nt pa§ romanesque, ne le crois pas ! Je suis positive, au contraire, positive par le cœur... comme une Anglaise ! Je prends l'amour au sérieux ; je ne peux- donc pas le chercher en dehors de la foi conjugale et de Igi tendresse exclush'e. P'iaminio, je te demande une félicité sainte... Tu ne voudrais pas m'offrir, à la place, la honte d'un entraînement passager ou le désespoir de te perdre ! Non, n'est-ce pas ? Oh ! te perdre ! Commejît peux-tu quelquefois me menacer de cela! (D'une voix entrecoupée.) Il ne faut que cette pensée-là pour remplir ma poitrine de sanglots... Oui, j'ai le froid de la mort quand j'y songe !

FLAMINIO , tombant à ses pieds.

Oh! milady!... Sarah! mon bien, mon âme! tu ne m'avais jamais parlé ainsi! Oui, oui, tu es dans le vrai; l'amour est tout; lui seul est la vérité, tout le re^te est erreur ou rj^ep-

songe! Aimons-nous comme tu le veux, je t'appartiens jusqu'à mon dernier souflle !

BARBARA, qui s'est levée.

Bien ! Je approuvé, je aimé vous!

On entend frapper avec violence vers la gauche. Flaminio tressaille

et se lève iustincliveraent.

SARAH

Laisse frapper ! Mais non ! Tiens, va ouvrir. Je suis ta femme, peu importe qu'on me voie ici, à présent.

FLAMIMO.

Non! je ne veux pas, moi! Dans ce moment d'ivresse et de bonheur, je ne veux voir personne. . ' '

SARAH

Mais écoute donc, comme on secoue la porte de l'autre chambre ! Il semble qu'on veuille la briser !

FLAMINIO

En effet, c'est étrange !

BARBARA

Oh! il est peut-être une personne qui demander au secours... Allez !...

Flaminio passe dans sa chambre.

SARAH

Oui ! c'est étrange ! Qui donc prend ces airs d'autorité chez lui ? C'est une voix de femme ! (Barbara la retient.) Ah ! oui, cei>tes, il y a une femme ! -.

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