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SCÈNE II

RITA, FLAMINIO, puis JOSEPH, puis LE DUC. .

RITA, so.rtant du grand chalet.

Ah! mon Dieu! c'est sa voix! c'est lui! Viens, viens, Joseph ! c'est lui !

Elle embrasse Flaminio.

FLAIMIMO, serrant l;i main de Joseph. Ah! Ion mari, sans doute?

JOSEPH

ouii ; -

Joseph... Fortiat? un brave compagnon?

RITA

Oui! . • . .

l'LAMIMO. ■

Et un fidèle ami? . .

JOSEPH, franchement.

Oui!

FLAMINIO, re.i,'ardant les deux chalets.

Et tout cela est à vous, mes enfants?

RITA

Grâce à toi! Dis-nous donc comment tu as fait pour m'envoyer cette belle dot?

FLAMINIO

Eh bien, mais... j'ai pensé à toi... Ça t'étonne?

RITA

. Non! tu es comme ça, toi! tu as voulu me remplacer ce que mon oncle m'avait emporté en se sauvant pendant que j'étais à Paris!

FLAMINIO

Ne parlons pas de ce temps-là!

RITA, montrant son mari.

Pourquoi donc? Il sait tout, lui! il "sait que j'étais folle et que je ne le suis plus, grâce à ta douceur et à ta bonté; je t'ai causé du chagrin et tu m'as rendu le bien pour le mal!

FLAMINIO, détournant la conversation.

Et... vous avez donc ouvert ici... un refuge? une auberge ?

Un personnage assez râpé paraît au fond, Joseph va lui parler. RITA.

Oh ! mieux que ça! (ja s'appelle tout bonnement le chalet, mais c'est le rendez-vous de toul le jilus beau monde des

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eaux; c'est devenu la modo de l'aire ici des parties de campagne, et cette mode-là nous rapporte gros dans la saison des bains. Ah çà ! j'espère que tu vas déjeuner chez ^nous ?

FLAMINIO

Mais pourquoi pas ?

RITA

Oh! tant mieux! nous allons te servir, (a Joseph qui revient.) Qu'est-ce que c'est? Une pratique?

/ JOSEPH

Non, c'est un monsieur qui n'est pas cousu d'or, car il marchande d'avance son déjeuner.

Rila regarde le personnage, auquel Flaminio ne donne pas d'attention. RITA.

C'est peut-être bien un avare; il en a la tournure!

FLAMIMO.

Eh bien, donnons-lui une leçon ou un secours. Servez-nous bien. Je vas m'amuser à l'inviter, (ii va aa personna,w, qui s'est

assis devant une table, la tête dans ses mains, d'un air accablé. Rita et Joseph sont rentrés dans le chalet. — A part.) Non! c'est l'extérieur et l'attitude d'un homme sans ressources. Je m'y connais, moi!... Eh! mais... voyons donc, (il va à lui et lui parle

sans que l'autra paraisse l'entendre.) Monsieur,... je VOUS demande

pardon si je me permets de vous adresser la parole sans vous connaître... mais je suis en voyage, comme vous; j'attends un assez bon déjeuner, et, comme je n'aime pas à manger seul, s'il vous plaisait d'accepter... (Reconnaissant le duc qui relève la tête.) Ah!...

LE DUC, sortant de sa rêverie.

Un bon déjeuner? Hein!... Ah! mon Dieu!... c'est toi, mon ■pauvre enfant? (n se lève.) Mais quand je dis pauvre... Non ! tu parais...

FLAJIIMO.

Et vous, vous paraissez triste! Est-ce que...?

LE DUC

Non! toi d'abord! D'où diable sors-tu? Qu'es-tu devenu depuis...?

â02 THÉÂTRE COMPLET DE GEORGE SAND

FLAMJNIO.

Je suis devenu actif et... productif, depuis une certaine leçon de la destinée... qui a brisé... et peut-être' desséché mon cœur au profit de ma tête. Je suis très-sensé, à présent, et vous n'aurez plus de sermons à me faire.

LE DUC

Ah! tant pis! tu ne seras plus confiant et dévoué! ■

FLAMIMO.

En amour, non! En amitié, toujours! Voyons! vous avez sans doute perdu ce fameux procès...

Au contraire, je l'ai gagné! mes droits à la succession des Treultenfeld sont reconnus hautement; mais...

FLAMINIO

Mais je comprends! vous héritez du droit de payer leurs dettes!

^LE DUC

Voilà! il m'a fallu vendre mes États en Allemagne, et, faute d'acquéreurs, les voir tomber à vil prix aux mains de l'infâme Kologrigo.

FLAMIXIO.

Infâme? pourquoi ça?

LE DDC.

J'appelle infâme un .homme à qui tout réussit contre moi, un homme qui s'eât vendu au diable pour me gagner jusqu'à mon dernier sou! Croirais-tu que j'ai parié contre lui, hier soir, à la réunion, et que j'ai perdu mes dix derniers louis? Aussi j'étais venu ici ce matin, partagé entre doux idées, celle d'employer les vingt sous qui me restent à manger des œufs frais, et celle de piquer une tête dans le lac pour me débarrasser à tout jamais des tiraillements d'estomac et de la colère rentrée !

FLAMIXIO.

Allons, allons! me voilà, moi, pour vous tirer de l'eau ! Des idées de suicide? à votre à2:e? Fi!

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