SCENE IX
LUC, s'arrêtanl.
Elle dort ?
FEARON
J'ai entr'ouvert la porte, en rentrant. Elle dormait.
LUC, descendant.
C'est bien.
FEARON
Have a drink wilh me ?
Merci, je ne bois pas. {Elle s* assied sur la iable et le regarde,) Pourquoi me regardes-tu ?
FEARON
Je te juge.
LUC
Tu méjuges ?
FEARON, riant.
Je fais ton diagnostic.
LUC, souriant, Suis-je malade ?
FEARON, hochant la tête.
Tu as passé ta vie à observer les autres : pas eu le temps de t'observer toi-même.
LUC
Eh bien ?
FEARON, les yeux mi-clos.
Tu ne cherches pas la vérité; tu cherches la volupté, en palpant lentement des confidences honteuses. Elles te sont des aubaines meilleures que les plus beaux corps. Elles t'apportent l'assouvissement maladif que les étreintes réelles ne peuvent plus te procurer. Ces secrets étalés te remplacent l'amour. La science n'est qu'un écran avec lequel tu veux te cacher ta folie. Tu n'es plus un homme, puisque la vie des sens ne suffit plus à ta joie.
LUC, ricananl.
Voilà un diagnostic plein de subtilité...
FEARON
Ne ris pas, darling, quand tu as envie de pleurer.
LUC
... Mais je n'y souscris aucunement.
FEARON
Tu deviendras, dans la poursuite de ton étrange plaisir, aussi acharné que la brute la plus impulsive. A présent, il te suffit de souiller la conscience d'une petite fille, en lui faisant conter ses fautes. Quand tu seras vieux, il te faudra souiller son corps.
LUC
Diable ! Voilà qui promet !
FEARON
Dont laugh, I say! Je te vois, à soixante ans.