ACTE Jfl
THÉRÈSE, à la Vicelli qui a fini son eau chaude. Encore un peu ?
LA VICELLI, reposani la lasse.
Merci. Je n'ai plus soif. (Bas.) Je suis si reconnaissante à votre mari de l'engagement qu'il m'a fait avoir chez Mme Préfailles. Il me sauve la vie! Je vous le dis, à vous : je n^avais plus cinq francs devant moi... Maintenant, j'ai un conseil à vous demander. Comment faut-il m'habiller ? Est-ce une grande soirée ?
THÉRÈSE
Je ne sais pas... Michel.
SARTERRE, sans se relourner.
Hein?
THÉRÈSE
Mademoiselle Vicelli demande si c'est une grande soirée, chez les Préfailles.
Non. C'est dans l'intimité.
LA VICELLI, à Thérèse, comme précédemment.
Cela me contrarie. D'abord le grand décolleté me va beaucoup mieux que la robe montante, c'est un fait. Ensuite, je n'ai pas de robe montante. Et j'avais arrangé dans ma tête une combinaison qui me plaisait. Vous savez que j'ai toujours mes costumes de théâtre ? Eh bien, j'aurais mis la robe de Marguerite et le corsage des Huguenots. L'étoffe
est magnifique. Elle a coûté trente francs le mètre. Et l'ensemble aurait été de très bon goût... Malheureusement, je n'ai pas pu me rendre compte de l'effet, car je n'ai pas de glace dans ma nouvelle chambre.
THÉRÈSE
Il y aurait une solution bien simple, chère amie.
LA VICELLI
Laquelle?
THÉRÈSE
Laissez-moi vous prêter une de mes robes.
LA VICELLI
Jamais I Jamais!
THÉRÈSE
Pourtant, je vous assure...
N'insistez pas, chère madame Sarterre. Vous me désobligez. Je ne peux pas accepter... Je ne peux pas.
THÉRÈSE
N'en parlons plus.
LA VICELLI, avec décision.
Je mettrai mes costumes de théâtre. Seulement... je couperai la traîne de Marguerite. Voilà. Je couperai la traîne; ça fera moins habillé. C'est dommage, car l'étoffe est toute neuve. Mais, tant pis, je m'y résoudrai.