ACTE II
L'intérieur d'une auberge alpestre, à trois mille mètres d'altitude . Une pièce assez vaste, aux cloisons de planches. Presque toute la partie ^ gauche de la pièce est occupée par deux cadres de bois superposés, soutenus en leur milieu par une pièce de charpente verticale et disposés en couchettes, avec des matelas de foin et des couvertures brunes.
Le refuge est éclairé par deux fenêtres, derrière lesquelles apparaissent d'éblouissantes blancheurs. On ne distingue pas nettement les contours des cimes, mais un étincellement imprécis suggère leur énorme présence. Une porte pleine ouvre sur ces splendeurs.
Au premier plan gauche, porte donnant sur un dortoir réservé. Contre la cloison de droite, un fourneau dont le tuyau sort par le toit. Dans le voisinage, à terre, un baquet, des cruches, du bois, une caisse à détritus, quelques sièges ronds et bas, à trois pieds ; accrochée à la cloison, toute une batterie de cuisine ; des torchons sur une corde. Sur les planches d'un haut casier placé entre le poêle et la porte, les couverts et la vaisselle de métal^
une boile à pharmacie. Près de la porle, des cordes de sauvetage el des piolets accrochés. Un luslre primitif, fait de deux croisillons de bois, avec des bougies fichées à l'extrémité, pend d'une poutre de la charpente. Longue table de planches, couverte de provisions entamées ; bancs où traînent des sacs de montagne.
Au lever du rideau, nuit complète. Les fenêtres s'indiquent en une demi-clarté froide et mystérieuse: celle des glaciers luisant vaguement sous les étoiles. Dans les cadres, des dormeurs enveloppés dans leurs couvertures. On ne les distinguera qu'avec le Jour, mais on entend leurs souffles appesantis par la fatigue.