‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 86 sur 186 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CLAIRE, L'INNOCENTE, FOURTIER.

FOURTiER, entrant de gauche, au désespoir. Est-ce vrai, la Claire ? M'ont-ils volé ma montagne ?

CLAIRE

Le pâtour les a vus sur la cime.

FOURTIER

Eh bien, je vous le dis entre les yeux, c'est pas leur force d'hommes qui les a hissés là ! Moi qui sais pourtant commander aux bacans, je me suis

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retourné les ongles sur la dernière paroi. C'est une puissance plus forte qui les a soulevés jusqu'en haut ! C'est la griffe d'une sorcière qui les maintenait dans l'espace. Femme, pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu avais fait pacte ? Je t'aurais acheté ton pouvoir; pour posséder la cime, je t'aurais donné de l'or; je t'aurais vendu mon corps et mon âme chrétienne. Le dessèchement de mes os au fond d'une crevasse, et l'enfer éternel, j'aurais tout accepté, pour une heure de gloire à la fine pointe de la Dent Rouge ! J'envie ton Pierre et sa mort prochaine.

CLAIRE, impressionnée.

Taisez-vous, mauvais homme.

FOURTIER

Crois-tu que je ne te connaisse pas? Les pourvoyeuses, les chasseresses d'âmes, elles ont hâte de toucher l'enjeu du marché. Quand elles ont accordé satisfaction terrestre à leurs victimes, elles ne les laissent pas longtemps en vie.

Vous êtes fou I

FOURTIER, lui saisissant le bras.

Plus la peine de mentir, faiseuse de charmes ! Ast'heure, tu as déjà fait payer sa victoire à ton homme, peut-être. Dis, pourquoi donc qu'il n'est pas de retour ! Si le pâtour l'a vu sur la cime à cinq heures, il y a beau temps qu'il devrait être en bas.

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