SCÈNE III
LA VICELLI, MAHÉ.
(Mahé esl un grand vieillard, dont on ne peut savoir si la lenteur el la slupidilé sont naturelles ou feintes. Peul-êire ne sont-elles qu'une habitude professionnelle de lasser et d'abuser ses interlocuteurs ; mais une habitude cultivée pendant cinquante ans d'affaires prudentes, sordides et heureuses.)
LA VICELLI, 5e Icvunt et saluant légèrement.
Monsieur Mahé. je crois que vous ne me reconnaissez pas. Je suis la Vicelii, de la Scala de Milan.
MAHÉ
Ah oui ? Vous étiez au concert?
LA VICELLI
Comme tous les amis de monsieur Sarterre. Vous n'avez pas entendu sa symphonie ?
MAIIÉ
Non. La musique de Sarterre, j'en entends le moins possible... C'est fatigant... Ce n'est plus de mon âge.
LA VICELLI
Sa nouvelle œuvre est admirable.
MAHÉ
Moi, je n'admire pas une œuvre avant de savoir ce qu'elle vaut. J'admire ce que je vends.
Vous ne vendez pourtant pas que des œuvres admirables.
MAHÉ
Si, si... Tout ce qu'on vend est admirable. Malheureusement, par le temps qui court, on ne vend plus grand'chose.
LA VICELLI
Vous venez d'éditer des mélodies de monsieur Sarterre.
MAHÉ
J'ai peut-être eu tort.
LA VICELLI
On m'en a dit le plus grand bien ^
MAHÉ
Qui donc?
LA VICELLI
Laudi, le chanteur.
MAHÉ
Ça ne prouve rien : il ne les a pas payées Je voudrais connaître l'opinion d'un acheteur. Malheureusement, des acheteurs, il n'y en a guère.
LA VICELLI
Est-ce possible ? monsieur Sarterre est célèbre, à présent.