‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 16 sur 138 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

LAURE, vivement, A rien de particulier.

l'homme A peine assis près de vous, je me suis senti comme entraîné dans un cercle fatal... attiré tout doucement par vos regards, à rintérieur d^une circonférence dont le centre est la mort.

LAURE

Oh, c'est singulier ! Je ne pense pas souvent à la mort, mais il y a des moments où j^éprouve exactement ce que vous venez de décrire... Je me sens dériver sur un élément tiède, une espèce de tourbillon lent qui tourne majestueusement autour d^un gouffre... Je sais .que je finirai par m'y engloutir et je ne veux rien faire pour y échapper... Lisezvous ainsi dans tous les êtres ?

l'homme Non. Rien qu^en vous, dès la première minute. Laure, les femmes que j'ai cru aimer n^ont jamais rien éveillé en moi de si noble ou de si profond ! (// l'enlace.) Il est impossible que le désir soit le piège où nous entraîne cette sorcellerie I

LAURE, naïvemenl.

Je n'ai pas de désirs. Je pourrais passer la nuit dans vos bras, sans désirer autre chose que les larmes. (S'abandonnanl.) C'est pleurer... c^est pleurer seulement que je veux.

l'homme Votre amour est entremêlé de je ne sais quel désespoir. Vous n'êtes qu^une jeune fîUe... et les

femmes les plus perverties promettent dans leurs regards une ivresse moins redoutable, moins mystérieuse que celle qui brille au fond de vos yeux... Comment s'appelle cette ivresse ?

LAURE

Je ne sais pas.

(Ils restent silencieusement enlacés dans le four qui diminue.)

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