‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 87 sur 138 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

LE CORMIER

Il prétend, maintenant, que ses captives lui ont été volées par Maélik. Inutile de vous dire que l'innocence de ce dernier est évidente.

ROUGÉ

Peuh... L'évidence est rare, dans les histoires de nègres, mon bon ami.

LE CORMIER

Maélik nous a donné plus d'une preuve de sa loyauté.

C'est exact. Mais le même noir peut jouer franc jeu avec les blancs et se conduire ignominieusement envers ses congénères. N'oubliez pas que chez le peuple-singe, la fourberie est une vertu.

LE CORMIER

Il y a cependant un fait qui...

ROUGÉ, impalienté.

Quel fait ?

LE CORMIER

Les captives ont été vues avec les marchands d'esclaves*

ROUGÉ

Par qui ?

LE CORMIER

Par un chasseur d'éléphants qui arrive de la fo-

rêt. Il a surpris le convoi endormi, ce matin, ses feux éteints, au bord d'une mare.

ROUGE, ricanant.

Honnête chasseur d'éléphants ! Comme il surgit à propos de la sylve obscure pour nous inonder de lumière I C'est là votre fait ?

LE CORMIER

Oui.

Ah, ces jeunes Africains I Et si ce témoin, vraiment bien opportun, est suscité par Maélik ?

LE CORMIER, niaîlrîsanl un mouvement de découragement.

Monsieur Rougé... il s'en expliquera devant vous. Il m'a fait dire qu'il tenait à se défendre personnellement contre les attaques de l'Almamy.

ROUGÉ

Je le recevrai. (Se levant,) Je vous remercie de vos renseignements. Mais vous avez tort de classer les chimpanzés en bons et en méchants. Il y a les chimpanzés. Un point, c'est tout. Et puis, croyezmoi, pas trop de zèle. L'indifférence conduit parfois à la vérité. La passion, jamais.

(// se dirige vers la droite,)

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