‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 26 sur 68 · ACTE I 4S · texte numérisé non relu

ACTE I 4S

ALBERT

Non. C'est une montagne de grès rouge, près de Laghouat.

BÉATRICE, vague.

C'est en Hongrie...

ALBERT

Nous y sommes allés en carriole, à travers le steppe.

BÉATRICE, même jeu.

Oui. Peut-être.

ALBERT

Qui avons-nous rencontré là ?

BÉATRICE

Je ne sais plus.

ALBERT, dégrisé, envahi par l'incerlilude.

Il est impossible que tu l'aies oublié. Cette vieille femme en haillons bleus qui a pris ta main...

BÉATRICE

Ah ! oui. Elle voulait me voler mes bagues.

ALBERT

Mais non. Elle disait la bonne aventure. Et elle nous a prédit... Qu'est-ce qu'elle a prédit?

BÉATRICE, avec efforl.

Que je mourrais... noyée...

ALBERT

Non. Elle a parlé de mort, mais d'une tout autre façon. Voyons, souviens-toi !

BÉATRICE

Trop loin. Je ne peux pas.

ALBERT

Elle a dit que nous ne serions jamais séparés, même par la mort. Tu te souviens, maintenant?

Non.

ALBERT, douloureusement.

Comment as-tu pu l'oublier !... Tout à l'heure, je te sentais si proche, si réelle!... Et maintenant, tu n'es plus toi-même. Pourquoi changes-tu ? Pourquoi cesses-tu de comprendre ?

BÉATRICE^ avec force.

Il ne faut pas douter... jamais douter ! (D'un ton plaintif.) C'est très pénible, pour moi, très difficile, de rester... Ils ne me laissent pas de répit... Ils m'entraînent. (Gémissant.) . . Ohî quelle fatigue! (Ses bras se contractent. Elle semble résister à un effortyà une poussée invisible. Cédant.) Oui... je viens. Adieu.

ALBERT

Quand reviendras-tu?... Reviendras-tu?

(Elle laisse retomber ses bras. Sa iête s'incline.

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