ACTE II
ALBERT
Vous et moi ?
BÉATRICE
Vous, en doutant de sa présence. Et moi...
ALBERT
Et vous?
BÉATRICE, bas.
En restant auprès de vous. Elle trouve peut-être que j'aurais dû vous quitter après sa mort.
ALBERT, surpris.
Vous lui prêtez des sentiments dont elle était incapable.
BÉATRICE, hochant la tête.
Je l'avais toujours crue incapable de mentir. Et pourtant, c'est à un mensonge que vous l'avez reconnue. Elle mentait donc, de son vivant...
ALBERT, l'observant.
Je ne vous comprends pas, Béatrice. On dirait que vous amassez contre .elle, je ne sais quels griefs.
BÉATRICE
Moi?
ALBERT
En tous cas, vous ne souhaitez pas qu'elle revienne.
BÉATRICE, s' arrêtant.
J'ai peur de ce qui peut arriver, si elle revient un jour.
ALBERT
Et que peut-il arriver ?
BÉATRICE
Elle ne m^aime plus... Il est impossible qu'elle m'aime encore. Elle doit vouloir se venger de moi.
Encore une fois, comment pouvez-vous lui prêter des sentiments pareils ?
BÉATRICE
Les morts ne sont pas tous bons, vous savez.
ALBERT
Elle, qui ne vivait que par la tendresse I
Si les vivants changent à l'égard des morts, les morts changent à l'égard des vivants.
ALBERT
Mais Béatrice, personne, ici, n'a changé à l'égard de ma femme. Vous savez bien dans quelle angoisse je la pleure.
BÉATRICE, avec une ameriame inconsciente. Vous n'avez pas changé, c'est vrai.
ALBERT
Vous non plus, j^imagine ?
(Un silence.)