DU MESNIL CLOTILDE
DU MESNIL
Jaloux ! (a Lafont.) Comment ! Tues encore jaloux, à ton âge ? (a sa femme.) Et de qui diable était-il jaloux ? D'une femme qui lui appartient pas, bien entendu. Ces célibataires ! Ils ne se refusent rien. lis sont jaloux par-dessus le marché. Veux-tu que je te dise l'opinion d'un économiste célèbre sur la jalousie ?
294 LA PARISISIENNE
La jalousie, c'est la privation, pas autre chose. Si tu étais marié, tu ne serais pas privé et tu ne serais pas jaloux. Est-ce vrai, ça, Clotilde ?
CLOTILDE Allons, tais-toi un peu.
DU MESNIL
Jaloux ! (a sa femme.) Est-ce que tu lui as dit ?
CLOTILDE Quoi donc ?
DU MESNIL
Que j'étais nommé.
CLOTILDE
M. Lafont est le premier qui t'ait écrit pour te féliciter.
DU MESNIL
En effet. Je ne m'en souvenais plus. Il m'a écrit
plutôt que de venir me voir... (A Lafont, en regardant
sa femme avec intention.) C'est mon oncle, mon vieux bonhomme d'oncle, qui a enlevé cette affaire-là.
CLOTILDE
On le sait bien que c'est ton oncle, tu n'as pa.f besoin de le crier sur les toits.
DU MESNIL, à Lafont.
Eh bien ! Est-ce que ça ne vaut pas mieux d'être receveur que d'être jaloux, hein ? (a sa femme.) Ce pauvre Lafont ! Il n'est pas encore bien remis. Il n'a
pas son nez ordinaire... Ah ça ! t'a-t-elle trompé ou ne t'a-t-elle pas trompé ?
LA FONT Laisse-moi donc !
DU MESNIL
Tu peux bien me dire ça, à moi. T'a-t-elle trompé ou ne t'a-t-elle pas trompé ?
CLOT1LDE
Mon mari vous fait une question, répondez-y.
LAFONT
Que voulez-vous que je réponde ? Y a-t-il un
homme, un seul, qui jurerait que sa maîtresse ne l'a
jas trompé ? La mienne m'a dit que non, elle ne pou-
"it pas me dire oui. Nous nous sommes réconciliés,
st ce que nous désirions sans doute l'un et l'autre.
CLOTILDE
Vraiment ! Il est bien fâcheux que cette dame ne oit pas ici pour vous entendre ; elle saurait l'opinion jue vous avez d'elle et de toutes les femmes. La confiance, monsieur Lafont, la confiance, voilà le seul système qui réussisse avec nous.
DU MESNIL
C'a toujours été le mien, chère amie...
FIN B1BLIOTHECA