‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 23 sur 169 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

JUDITH

Elle me suffit, vous l'avez dit.

MERCKENS

Quel malheur qu'une belle personne comme vous, pleine de dons, manque justement de ce je ne sais quoi qui les mettrait en œuvre.

JUDITH Quel je ne sais quoi ?

MERCKENS, à mi-voix.

Le diable au corps.

JUDITH

Maman ne serait pas contente, si elle vous entendait en ce moment ; elle qui me trouve déjà indisciplinée.

MERCKENS

Votre mère vous gronde donc quelquefois ?

JUDITH

Quelquefois, oui. Mais ce qui est plus grave, elle ferme mon piano à clef quand elle se fâche, et elle s'entend avec mon père qui nous supprime TOpéra.

MERCKENS Où vous mène-t-on alors ?

JUDITH

Au Cirque. Je ne blâme pas maman, du reste. Elle pense que l'Opéra me fait mal et elle n'a peut-être

pas tort. C'est vrai, ce spectacle superbe, ces scènes entraînantes, ces chanteuses admirables, j'en ai pour huit jours avant de me remettre complètement.

MERCKENS

On les compte, vous savez, ces chanteuses admirables.

JUDITH

Toutes le sont pour moi.

MERCKENS Vous les enviez peut-être ?

JUDITH Elles me passionnent.

MERCKENS

Faites comme elles.

JUDITH

Qu'est-ce que vous dites ? Moi, monsieur Merckens, entrer au théâtre ?

MERCKENS

Pourquoi pas ? Les contraltos sont fort rares, le vôtre n'en a que plus de mérite. Vous avez de l'éclat, du feu, de l'âme, de l'âme surtout, beaucoup d'âme. Le monde ne pleurerait pas pour une bourgeoise de moins, et une artiste de plus lui ferait plaisir.

JUDITH C'est bien. N'en dites pas davantage. Je m'en tien-

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