ACTE PREMIER
JUDITH
Elle me suffit, vous l'avez dit.
MERCKENS
Quel malheur qu'une belle personne comme vous, pleine de dons, manque justement de ce je ne sais quoi qui les mettrait en œuvre.
JUDITH Quel je ne sais quoi ?
MERCKENS, à mi-voix.
Le diable au corps.
JUDITH
Maman ne serait pas contente, si elle vous entendait en ce moment ; elle qui me trouve déjà indisciplinée.
MERCKENS
Votre mère vous gronde donc quelquefois ?
JUDITH
Quelquefois, oui. Mais ce qui est plus grave, elle ferme mon piano à clef quand elle se fâche, et elle s'entend avec mon père qui nous supprime TOpéra.
MERCKENS Où vous mène-t-on alors ?
JUDITH
Au Cirque. Je ne blâme pas maman, du reste. Elle pense que l'Opéra me fait mal et elle n'a peut-être
pas tort. C'est vrai, ce spectacle superbe, ces scènes entraînantes, ces chanteuses admirables, j'en ai pour huit jours avant de me remettre complètement.
MERCKENS
On les compte, vous savez, ces chanteuses admirables.
JUDITH
Toutes le sont pour moi.
MERCKENS Vous les enviez peut-être ?
JUDITH Elles me passionnent.
MERCKENS
Faites comme elles.
JUDITH
Qu'est-ce que vous dites ? Moi, monsieur Merckens, entrer au théâtre ?
MERCKENS
Pourquoi pas ? Les contraltos sont fort rares, le vôtre n'en a que plus de mérite. Vous avez de l'éclat, du feu, de l'âme, de l'âme surtout, beaucoup d'âme. Le monde ne pleurerait pas pour une bourgeoise de moins, et une artiste de plus lui ferait plaisir.
JUDITH C'est bien. N'en dites pas davantage. Je m'en tien-