ACTE TROISIÈME ■ l6l
Georges est faible, sa mère le domine, il lui obéira... Fille perdue ! (Elle pleure abondamment.) Un homme si charmant, qui ressemble si peu à cette femme et qui se laisse mener par elle !... Je ne me tiens plus. Mes mains étaient brûlantes tout à l'heure, elles sont glacées maintenant. (Elle sonne et revient en scène; d'une voix entrecoupée.) Il est jeune..., il a vingt-trois ans à peine..., il est doux, fin et séduisant, une autre l'aimera, et l'épousera à ma place.
ROSALIE, entrant.
C'est toi, mon enfant, qui me demandes.
BLANCHE, allant à elle, douloureusement.
J'ai froid, ma vieille, mets-moi quelque chose sur les épaules.
ROSALIE, après l'avoir regardée.
Je vais te mettre dans ton lit, ce qui vaudra beaucoup mieux.
BLANCHE
Non.
ROSALIE
Fais ce que je te dis, si tu ne veux pas tomber malade,
BLANCHE
Oh ! certainement, je vais tomber malade.
Allons, viens, Rosalie va te déshabiller, ce ne sera pas la première fois.
BLANCHE Appelle maman.
ROSALIE
Tu n'as pas besoin de ta mère, je suis là.
BLANCHE
Je ne me marierai pas, Rosalie.
ROSALIE
Le beau malheur ! On ne te gâte donc pas assez pour que tu nous préfères ce gringalet et cette diablesse. Voilà leurs noms à tous les deux. Ce mariagelà, vois-tu, ce n'était pas ton affaire. Si l'on nous avait écoutés, ton père et moi, on n'y aurait pas pensé plus dune minute.
BLANCHE, sa tête s'égare.
Mon père ! Je le vois, mon père ! 11 me tend les bras et il me fait signe de venir avec lui.
ROSALIE
Viens te coucher, ma Blanchette.
BLANCHE
Ta Blanchette, c'est une fille perdue ! Je suis une fille perdue, tu ne le savais pas.
Ne parle plus, mon enfant, ça te fait mal. Viens... viens... avec ta vieille.