SCÈNE SIXIÈME
•dignité, avec loyauté, avec sérénité, je ne regretterai pas mon argent.
ANTONIA
Ton argent, mon ami, celui de ton oncle. Si tu veux, notre première sortie sera pour ton oncle. Nous allons aller au cimetière, à pied, bras dessus bras dessous, comme deux nouveaux mariés, et nous déposerons sur sa tombe une couronne, avec cette inscription... (S'interrompant.) Comment s'appelait-il, ton ■oncle ?
ARTHUR
Robinet.
Avec cette inscription : à Robinet, son neveu et sa nièce ! Nous mettrons : et sa nièce, je t'en prie.
ARTHUR
Soit! Nous mettrons : et sa nièce. Ainsi, Antonia, tu ne regrettes pas ce que tu perds?
ANTONIA
Je ne vois que ce que je retrouve.
ARTHUR Ton parti est pris ?
ANTONIA
Mieux que cela. La chose est faite.
ARTHUR Je suis ici chez moi ?
ANTONIA Oui, mon ami, tu es ici chez toi.
ARTHUR, il lui prend la main et la conduit au canapé.
Antonia, viens un peu, assieds-toi et causons. Causons comme deux amis, unis par leur affection avant tout, et sans que celui qui reçoit, mon Dieu, soit l'esclave de celui qui donne. Cependant tu dois comprendre, ma chère Antonia, qu'en me créant des engagements assez onéreux, j'ai entendu aussi me créer quelques droits.
ANTONIA, en appuyant sur le mot.
Naturellement !
Pourquoi me regardes-tu ?
ANTONIA Est-ce que je ne peux plus te regarder maintenant ?
ARTHUR
Si je te parle des sacrifices pécuniaires auxquels je me suis décidé, ce n'est pas que je les regrette.
ANTONIA Il serait bien tôt, mon ami.
ARTHUR
Ne m'interromps pas. Je compte seulement qu'ils me réussiront mieux qu'à ce pauvre garçon auquel je me substitue. Tu te conduisais avec lui... indignement, il n'y a pas d'autre mot. J'ai trouvé ça très drôle, je le reconnais, mais aujourd'hui où je prends sa place, si un autre devait prendre la mienne, ah ! je ne trouverais plus ça drôle du tout.